LE LIBERALISME POLITIQUE ET THÉOLOGIOUE
Dans sa Vie de Jésus et dans sa Dogmatique, Strauss avait opposé à la tradition chrétienne un évangile philosophique; à la fin du pamphlet où il visait le romantique sur le trône des Césars, il avait laissé entendre que la religion de f avenir devait être une synthèse du paganisme et du christianisme ; dans un article paru en iS^Ssur le libéralisme politique et théologique (i), Strauss essaie de montrer que,
1) Dans la Réforme, de Wislicenus, 1848, 3' cahier. — Tirage à part. Halle, 1848, Kûmmel et Knapp.
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sans nnc loi noiivcllo, on no saurait ((''soiidrc Ips pi'ol)li''mos (|\ii s'imposonl aii\ Allciiiaiids <lii (li\-ii(Mi\ iriiu» siècle.
Dos écrivains patriotes, comme (îervinus, avaient déclaré qu'il fallait écarter la question religieuse (ou philosophique) pour s'occuper de la question nationale (ou politique). Strauss prétend que les deux questions sont liées : seule une synthèse religieuse peut triom|iher des confessions ipii divisent l'Allemagne. (> n'est pas l'empire romain qui a effacé la frontière entre juifs et gentils, c'est le christianisme : de même, ni un Zollverein, ni un Reichstag ne suffiront à réconcilier les protestants et les catholiques allemands; il y faut une religion nouvelle : on peut appeler libéralisme théologique ce complément nécessaire du libéralisme politique. Cette foi originale ne dépendra plus d'une autorité ultramontaine, comme le catholicisme; ell<^ ne reconnaîtra plus sa charte dans un livre asiatique, dans une bible « ultramarine », comme le protestantisme orthodoxe; elle n'obéira plus à l'ordrcMlnn Dieu étranger au monde ; elle saura fonderies devoirs des Allemands et des hommes sur notre nature.
11 y a dans cette théorie de Strauss une idée juste ; l'unité nationale n'a de racines profondes (pie si l'union est faite dans les âmes ; en ce sens toute nation véritable est une communauté reliti^ieuse ' i), luie église. Strauss a raison
(1) La r(!'cipro(juo est vraie. — Lunité de IKmpiie rf»main a favorisé le triomphe <]u «•alholirisme ; IKglise, h«'rili<'re «le l{ome, a été la grande nation du moyen Age ; seul, le peuple juif, qui ne s'est pas laissé absorber par la religion romaine, a survécu comme une nation en exil. Ouand les nations modernes réussirf-nl à briser lunité impériale, elles ont assuré du même coup Icui' autonomie relitrieuse. L'illusirm des réformali'urs fut de «roirt' qu'on peut garder le christianisme spirituel en renonçant au christianisme temporel, la religion sans l'Kglise, l'Ame sans le corps ; en fait, les Églises protestantes ont été des religions nouvelles pour de nouvelles nations ; le principe cujus regio, ejux reliyio, qui fut proclamé pour mettre fin au\ guerres de religion, expri-