‹ David-Frédéric StraussChapitre 19 sur 82 · III. — La genèse du mytue · texte numérisé non relu

III. — La genèse du mytue

Dans le deuxième livre, Strauss étudie la formation de la légende de .Jésus. 11 distingue trois cycles de mythes : le I ycle de la naissance, celui de la vie publique et celui de la mort. Chaque cycle se subdivise en groupes: l'unité d'un groupe est constituée par une formule génératrice : on obtient par exemple les trois groupes du premier cycle au moyen des trois formules : le Mes.sie est le fds de David ; il est le fils de Dieu et il est le nouveau Moïse. C'est ce deuxième livre qui est exactement la contre- |)artie de In Vie de Jésus de i83v> : Strauss reconstitue par ime synthèse les récits évangéliques (ju'il avait analysés jadis. L'auteur est 1res à son aise dans ce domaine : on sent qu'il est heureux de faire la preuve de son opération. Mais le succès même de la seconde expérience ranime l'inquiétude qu'avait déjà inspirée la première : quand il avait décoiuposé le mythe, Strauss n'.avait trouvé au fond du creuset qniin résidu historicpie à peu près insignifiant ; inversement, il semble maintenant n'avoir pas besoin délémenls empruntés à la réalité pouireconstituer les Évangiles. Nous connaissons, dit-il, Soerate par Xénophon et Platon ; nous ne connaissons pas Jésus par .Mathieu et Jean. N'objecte/ pas que l'Église chrétienne existe, et qu'on peut conclure de l'œuvre à l'ouvrier ; car

l'Eglise même aest pas un travail de première main : il y a eu des altérations, des interpolations; bien plus, Toriginalité du prophète galiléen n'est quun des facteurs qui ont déterminé la forme primitive de l'institution.

Si bien que Strauss, après avoir vainement essayé de compléter par l'histoire de Jésus son ancienne critique des Évangiles, revient aux conclusions de i835 : il nie la réalité, il affirme la métaphysique. La parole de l'Évangile johannique : « Heureux ceux qui croient sans voir ! » n'a pour lui qu'un sens : c'est que, selon l'expression de Lessing, les vérités nécessaires de la raison sont indépendantes des accidents de l'histoire. Avec Spinoza et avec Kant, Strauss oppose de nouveau à l'individu qui s'appela Jésus l'idée générale du Christ. Sans doute, les héros du passé mettent en relief certains traits du portrait normal de i'homme; le Galiléen crucifié peut servir d'illustration à l'enseignement moral de la patience, de la douceur et de l'amour d'aulrui. Mais les exemplaires réels les plus remarquables de l'humanité ne sont jamais que des copies incomplètes du type parfait de l'espèce : le docteur juif qui vécut sans famille, dédaigna l'état, condamna l'industrie et ignora l'art, ne peut servir de modèle qu'à certains égards : pour obtenir l'image totale de la vie humaine, nous sommes obligés d'emprunter quelques traits aux Grecs et aux Romains, sans parler des peuples modernes : il faut le travail de l'humanité entière pour incarner l'idéal moral (i).

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