‹ David-Frédéric StraussChapitre 2 sur 82 · PREFACE III · texte numérisé non relu

PREFACE III

montrer par une synthèse claire et précise l'état de la science et de la conscience moderne. C'était une tâche ingrate, mais nécessaire, de dire au monde ce qu'il aime le moins à entendre. « Le monde, a dit Strauss, est un grand seigneur prodigue : il encaisse et dépense sans compter; il considère comme des trouble-fête ceux qui lui présentent un bilan exact. » Strauss a été un comptable honnête de notre richesse spirituelle : il a été d'une singulière probité intellectuelle et morale.

Est-ce de sa faute s'il a trouvé qu'au dix-neuvième siècle, les pertes l'emportaient peut-être sur les bénéfices ? On a dit que son œuvre a été purement négative, qu'il a ruiné la foi ancienne sans fonder une foi nouvelle. Il posé du moins le problème ; il en a essayé une solution ; même ceux qui n'en sont pas satisfaits doivent rendre hommage à son effort et peuvent profiter de son expérience. Tous ceux qu'inquiète le désarroi moral et social — conséquence inévitable de l'interrègne religieux — gagneront à étudier la tentative de Strauss et à méditer sur les causes de son échec.

Pour nous, Français, en particulier, il y a intérêt à mieux connaître ce frère allemand d'Ernest Renan et à comparer les idées que les événements de 1848 et de 1870 ont inspirées d'une part au théologien protestant, au Souabe libéral ; d'autre part, au catholique émancipé, au Breton à demi révolutionnaire.

Albert Lévv.

19 juin 1909.

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