LA POLÉMIQUE
lii (liiïérence essonliolic (jiii srparc le Clirisl de la foi cl le Jésus (le r/iisloire.
Strauss n'en voiilail |»lus an f^rand lliéologion, duiil la inurl renu)nlail déjà à une tronlaino d'années; mais il no pardonnait pas aux disciples, qui s'alla rdaient encore après 1860 à des théories qu'il n'était plus possible de soutenir désormais. La preuve que le progrès <1(^ lliistoire a depuis longtemps dépassé le point de vue romantique, (î'esl que déjà ilos consistoires y soul parvenus ; la vieille chrislologie du début du siècle est le dernier abri de la foi contemporaine contre 1 invasion de la science : Strauss se propose de faire sauter ce réduit (i). Il montre que Schleiermacher a vainement essayé de perfectionner l'exégèse rationaliste, qui s'eiïbrçait d'expliquer par une histoire banale les mythes des Évangiles. Le théologien romantique a beau abandonner d'une |)art la moitié des miracles, élargir d'autre pai't le domaine de la puissance humaine, il ne parvieid pas à faire coïncider le surnaturel et le réel, encore bien moins réussit-il à concilier le rationalisme de son exégèse et le supranaturalisme de sa chrislologie : même en sacrifiant les trois synoptiques au quatrième Evangile, il est impossible de garder une histoire à la fois vraisemblable et divine de Jésus-Christ, Le moment est venu de choisir. Il n'est plus permis de parler d'un Rédempteur et d'un Sauveur, quand on a renoncé aussi bien à l'IIomme-Dieu qui s'est immolé pour les pt'chés du monde, qu'au Messie qui doit revenir pour léveiller les morts et juger les générations. Si le Christ est l'image de l'humanité impeccable, de l'âme unie à Dieu, il importe peu que cet idéal se soit incarné ou non dans la vie tout à fait extraoïdinaire d'un individu réel; en tout cas, ce n'est pas l'Écriture <|ui a fourni à Schleiermacher
(1) fies. Scfir., V, Vorwort, p. 4. Il ivippelle le vers :
. "Si Pergaina dexlrn
Dercndi |>osscnl, rti.ini luic, dcfcnsa fiii>;s<Mil. -
tous les traits de son Christ; ce Messie, qu'aucun apôtre ne reconnaîtrait, provient de Platon, de Spinoza et de Kant autant que du Nouveau Testament. Si l'auteur des Discours sur la religion a eu une passion singulière pour Jésus de Nazareth, c'est là une idiosyncrasie, — Strauss veut dire une idée fixe, — et un anachronisme. Les savants et les philosophes ont aujourd'hui le devoir de distinguer nettement la personne du Galiléen, qui est l'objet de recherches historiques, et le Christ, qui est l'idéal permanent de l'humanité (i). Les théologiens n'ont plus le droit de faire la confusion, car ils n'ont plus comme leur maître l'excuse d'être presque sincères (2).
Ce qui prouve bien que Strauss, dans sa critique des conférences de Schleiermacher, visait plus les théologiens contemporains que le prédicateur romantique, c'est qu'il joignit à son étude sur le Christ de la foi et le Jésus de l'histoire son article sur l'alTaire Schenkel (3). Le docteur Daniel Schenkel, professeur de théologie à Heidelberg, avait écrit, lui aussi, sa Vie de Jésus [^). C'était une œuvre qui n'était pas destinée à faire sensation (5): cet évangile,
(1) Ges. Schr., V, pp. 128-13(5.
(2) Cf. Aiisgew. Brie/'e, p. 472.
(3) L'article parut d'abord dans la Naiionalzeitiing (21 septembre 1864). Strauss nous dit qu'il réimprima l'article, parce que l'étude sur Schleiermacher ne donnait que quatorze feuilles et que l'éditeur comptait sur quinze. Mais il avoue qu'il n'a pas été mécontent de pouvoir le faire {nichf iin(jern). Cf. Liler. Denktviirdigkelten (Ges. Schr., I, p. 58.^
(4) Das Charaklerbild Jesii. Ein biblischer Versuch von Doctor Daniel Schenkel, grossherzogl. badischem Kirchenrath und Professor der Théologie. Wiesbaden, Kreidel, 1864.
(5) « C'est tout au plus, dit Strauss, si la forme du livre était nouvelle ; elle tenait à la fois de la conférence réservée à un public éclairé et du sermon ; de temps en temps, l'attention était excitée par ces accents perçants qu'on a coutume d'entendre dans des harangues prononcées devant les ouvriers. Les thèses du livre étaient venues de Tiibingr . aux villes de Bade, en descendant le Neckar ; ce voyage par eau les avait, il est vrai, quelque peu détrempées et délayées. » Ainsi Schenkel est bien plus indulgent
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trop ini)ll"eusil", liclas ! souleva pourlaul un lirau luuiultc en Israël : c'est que, vers l'an de grûcc i8(/|. la luUe élail vive entre saducéens et pharisiens du pays de Bade. Le synode général de 1861 avait adoplé le principe d'une réforme libérale de la conslitulion ecclésiastique dans le grand-duihé et un Congres réuni à Francfort en i863 avait décidé d'étendre à toute l'Allemagne l'agitation en laveur du gouvernement démocratique dans l'Église contre le régime des consistoires (1). Or Schenkel avait pris une part active à ce mouvement : quand parut son Portrait de Jésus, les conservateurs orthodoxes jugèrent que le moment était venu de se venger de leur adversaire; 117 ecclésiastiques protestèrent solennellement contre les sacrilèges du livre et demandèrent par la même occasion la révocation de l'auteur. Mais les libéraux l)adois réunireid de leurcùté inie conférence à Durlacli le i3 juillet \S{\\ pour soutenir leur champion, et le conseil supérieur de l'Église du grand-duché refusa de donner suite à ladénon-
que les disciples de Baui- pour le (luatrième Évangile. En outre, sur la foi de son collègue Iloltzmann (cf. Holtzm.wn, Die synoptischen t'.vangelien. Ihr Ursprung und geschichllicher Charakler, Leipzig, 1863;, le professeur de Heidelberg a substitué le culte de .Marc à la dévotion des Souabes pour Mathieu. Mais, à part ces corrections plus ou moins heureuses, Schenkel a adopté les solutions courantes et employé les expressions prudentes ou emphatiques dont la théologie libérale avait rhai)ilude ; il avait fait de Jésus un portrait, qui permettait de voir dans le fondateur du fhristianisnie non seulement •> la Lumière du monde », mais encore l'idéal de l'homme et le bourgeois normal ; il avait insisté sur ce point que rentrée du cortège à .lérusalem n'était pas une manifestation; la l)urification du temple n'a dû être, selon le conseiller évangéli(jue du grand-duc, qu'une tentative de réforme ; et le Christ, en annonçant son retour dans les nuées, n'a voulu prédire que la conversion des gentils sur terre. Schenkel ménageait même ceux qui n'aiment- pas à entendre prêcher le sacrifice à fonds perdu : s'il est écrit que tout ce que vous abandonnerez vous sera rendu au centuple, cela veut dire que les amis vous rembourseront cent fois ce que vous aurez risqué! Cf. Sirt.\uss, Ces. .Sc/j/-., V, p. 140, et .\lij. Schweitzeh, Von Reimarus :u Wrede, pp. 20.'}-2O7. (1) Cf. lf.\csR.\Tn. .•Strauss, 11. jq.. 313-315.
dation des 117, en s'appuyant dans sa décision du 17 août 1864 sur une instruction de 1797. C'est au lendemain de cette décision, qui paraissait mettre Schenkel hors de cause, que Strauss publia son article du 21 septembre 1864 dans la Nationalzeitiing .
Il se réjouit bien entendu de cette victoire du libéralisme; mais il se demande si le champion a été bien choisi dans cette affaire. Le pseudo-martyr de la liberté de conscience a joué en effet plus d'une fois le rôle d'inquisiteur; son livre essaie d'ailleurs de donner également satisfaction à la science et à la foi et ne respecte ni l'une ni l'autre. Schenkel considère par exemple toute l'histoire de l'enfance de Jésus comme une légende, mais il admet le pèlerinage que le jeune Galiléen aurait fait, à l'âge de douze ans, au temple de Jérusalem. Le Fils de l'homme a subi de violents assauts intérieurs, mais il a si bien triomphé de la tentation que son imperturbable pureté morale n'en est pas moins parfaite. Le Christ du quatrième Évangile n'est pas réel, mais il est vrai. Les miracles sont dus à une force humaine et naturelle, mais ils n'ont été possibles que grâce à un don exceptionnel . Le lépreux était sans doute guéri, mais l'intluence du Messie de Nazareth a accéléré sa convalescence. Ce sont ces équivoques, dit Strauss, qui plaisent aux hommes du juste milieu, aux philistins qui veulent concilier la critique et les sacrements. Or, il faut choisir : si Jésus n'est qu'un homme — un homme divin si l'on veut — l'Eglise chrétienne s'écroule. Au fond, les 117 ont raison : Schenkel ruine la foi; les libéraux ne savent pas ce qu'ils veulent, ou ne veulent pas ce qu'ils savent.
Les libéraux badois qui luttaient contre les conservateurs furent très surpris de la violence de cette attaque inattendue qui menaçait leur aile gauche; ilsn'étaient pas sûrs de la victoire. La décision du conseil supérieur de l'Église du
(1) Ces. Schr., V, p. 141.
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^Taiul-duclié u avait jias mis fin à l'a^-italion : il y avait eu un dohal un peu i^rotesciue. umis inquiétant, au Congrès ecclésiasli»|ue d'Altenburg-, le i3 septembre i8G4; puis les conservateurs badois avaient fait appel à leurs amis influents de Prusse, pour provoquer des listes de protestation contre Schenkel. Des centaines de pasteurs de tous les pays d'Allemagne — voire des Pays-Bas ou de France — s'étaient empressés, sur l'invitation de leurs supérieurs, de donner leur signature avec des considérants tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament (i). Déjà le ministre de l'Intérieur du grand-duc, pourtant très libéral, conseillait officieusement à Schenkel de donner sa démission. Etaitce le moment de dire publiquement contre l'homme et son livre toutes les vérités que Strauss avait écrites dans un journal ? Quand, au printemps de i865, l'auteur de la Vie de Jésus passa à lleidelberg, des amis essayèrent do lui expliquer que sa campagne était inopportune. Mais Strauss ne voulait rien entendre, et en mai i865 il écrivit à Baden- Baden contre Schenkel un nouveau pamphlet, dont le titre juste, mais sévère était : Ùie Halben iind die Ganzen (2). Strauss voulait railler l'impuissance équivoque de
(1) On arriva au chilTre de 6.248 pasteurs. Cf. 1Iausr.\th, S/roHss II, p. 336.
(2) Inlraduisiblp: mol ;'t mot: «-les demis et les entiers);. Strauss cite [Ges. Schr., V, p. 146) le vers d'Arndt : « Die Freiheit und das Himmelreich gewinnen keine Halben. » Haipr-^tii (Strauss, II, p. 334) a malicieusement relevé que rantilhèse quelque peu injurieuse provenait dun article écrit en 1848 (Necliardanip/schiff, 1848, n" 224, 23 septembre! par le brasseur Hentges, qui fut le concurrent de M/irklin à l'élection de lleiibronn, et dont Strauss a blâmé sévèrement les propos démagogicpies. Kck {Strauss, p. 218, note soutient que c'est Hengstcnberg qui a soufflé le mot à Strauss (cf. Evantjelische Kirrhenzeiluntj, 18.'?6, p. 36"^ ; de même l'emploi du terme de » faux nionnayeurs ■> dans les débals tliécdoiiitpies serait dû à l'initiative de Goeze, l'adversaire de Lessiny. Mais, à vrai dire, toutes ces recherehes sont un peu vaines : qui donc s'est servi le premier, dans une polémiciue, de l'expression : Tout ou rien ?
la théologie éclairée; il soutenait cette thèse dangereuse qu'il valait mieux avoir affaire à des cléricaux décidés et francs, comme Hengtenberg qu'à des libéraux douteux et faibles, comme Schenkel.
Il parait certain que Strauss en voulait personnellement à Schenkel et à ses partisans, surtout à Bluntschli (i; : Il ne pouvait souffrir ces deux Suisses qui, après avoir été réactionnaires et « anlistraussards » dans leur pays, venaient se poser en martyrs du libéralisme badois. Il ne pouvait oublier que Schenkel avait dénoncé naguère aux autorités ecclésiastiques le panthéisme du professeur Kuno Fischer et avait fait ainsi chasser pour hérésie le meilleur ami que l'auteur de /a Vie de Jésus ait trouvé à Heidelberg : or c'était ce pieux délateur des philosophes qui demandait maintenant le droit de tout dire pour les théologiens ! Strauss ne croyait pas à la sincérité de ce démagogue converti qui après avoir servi la réaction toute-puissante, était devenu le chef des libéraux au moment où le vent tournait; il n'admettait pas en tout cas qu'il suffisait de dix ou douze ans pour assurer la prescription morale : il était indigné de voir tous ces théologiens libéraux, qui, par peur de se compromettre avec un excommunié, avaient naguère désavoué hautement l'auteur de la Vie de Jésus, lui demander maintenant de garder des ménagements, et il leur déclarait avec une cruelle ironie que s'il les attaquait, c'était pour mieux les défendre, en montrant bien qu'ils n'étaient pas ses complices (2).
A parler franc, il ne lui plaisait pas de soutenir un homme indigne d'être le champion d'une bonne cause. Peut-être, dans les luttes politiques, est-on obligé de fermer les yeux sur la valeur morale de ses alliés, bien qu'on
(1) Il n'avait pas non plus une grande sympathie pour Holtzmann, l'orateur de Durlach, ni pour Ewald, qui soutint Schenkel à Francfort.
(2) Ges. Schr., V, p. 15.5.
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s'expose là aussi à de ^'raves mécomptes, si les chefs tout ;iu moins ne sont pas irréprochables: mais la sincérili' et la probité sont indispensables dans les cpiercdies religieuses, dans la bataille (pii doit alïranchir les Ames des chaînes de l'illusion et les lier par des lois intérieures. Pour cette œuvre sacrée du salut de l'humanilé, il faut des collaborateurs aux mains pures, au cœur dévoué, aux lèvres non souillées par le mensonge (i).
Mais il déplaisait surtout à Strauss de soutenir un livre aussi ambigu que le Porlrail moral de Jésus. 11 ne faut l>lus, dit-il, employer le terme de miracle, ({uand on veut parler de merveilles naturelles, ni continuer à ap[)eler sacrifice expiatoire la mort du Crucifié, quand on ne croit, plus à la Rédemption. Il faut distinguer nettement la perfection absolue, telle que l'Église la croit réalisée en Christ, et la pureté relative, qui est accessible aux hommes; il ne faut pas confondre la résurrection et l'immortalité de l'àme, ni s'imaginer qu'on a rendu au Ressuscité tout ce que la criticpie moderne lui a enlevé, si on lui restitue le privilège d'avoir mystérieusement rôdé quelque temps autour de ses disciples comme un revenant. Les théologiens qui otïrent à l'humanité ces valeurs équivoques sont des faux monnayeurs. Strauss affirme qu'il a mission, lui aussi, de chasser les marchands du temple {'?.).
A son pamphlet contre Schenkel, l'auteur de la Vie de Jésus ajoute un article contre son adversaire d'antan, Ilengstenberg. 11 a jugé qu'il était nécessaire de ne pas attaquer exclusivement les libéraux; mais on sent bien ({uil ne s'en prend plus au rédacteur de la Gazelle évangclique que par ac(|uit de conscience et par besoin de symétrie. Les discussions sur l'inscription de Quirinus,
(l) Ges. Schr., V, p. 17."). Onin)un;iit ol»jocler (luc dans colle luUe (lt.'> litjéraiix badois coiitro le clériraiiïîmo, il élait liieii difficile de distinguer le côté i)olitii[ue et le côté religieux de iMlTaire.
{2)lbid., V, p. 190.
sur la parabole el le miracle de Lazare, sur les récils contradictoires de la résurrection témoignent une fois de plus de l'érudition et de la vigueur logique de Strauss, mais elles manquent de verve : le cœur n'y est plus, La conclusion seule est intéressante : mais elle vise de nouveau plus la théologie libérale que Hengstenberg; elle insiste sur ce point qu'il faut avoir recours à toutes sortes d'artifices, si l'on veut conserver Vintégrité de la foi. Il n'est plus possible de ne pas voir qu'il y a dans la religion évangélique une part de vérité et une part d'erreur; le christianisme va décider de son sort : s'il veut maintenir toutes ses positions, il est perdu; s'il consent aux sacrifices nécessaires, il vivra (i).
Toutes ces démonstrations étaient irréfutables; mais il n'en était {)as moins vrai que lauleur de la Vie de Jésus risquait de faire le jeu de la réaction en attaquant Schenkel dans ces conditions. Pour souligner l'inconséquence évidente de la théologie libérale, il n'était pas nécessaire de s'en prendre personnellement à un homme qui sans doute n'était guère digne de représenter la cause de la liberté de conscience, mais qu'il fallait bien défendre, puisque la hiérarchie conservatrice visait, en le menaçant, le désir du progrès religieux et politique.
Dans les questions où la théologie n'était pas en jeu, Strauss, plus imj^artial, a eu, à cette époque, une vue très nette de la situation. Il a assez bien jugé Napoléon III au moment où beaucoup d'Allemands, par exemple le frère de Strauss lui-même, considéraient le nouveau Bonaparte comme un héros (2) ; il a compris, dès son arrivée à Heilbronn, toute l'élroilesse et toute la faiblesse du particularisme des Etats secondaires ; et lui qui, à Heidelberg, reprochait à Gervinus de trop s'occuper de politique, n'hésite
(1) Ges. Schr.,V, p. 228.
(2) Cf. lettre à Wilhelm Strauss, de Heilbronn. jeudi saint 1861. Cf. Ausgew. Briefe, p. 429.
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pas à prendre en i8(>i l'inilialive de conférences publiques pour la création d'une llolte allemande sous le commantlenienl de la Prusse (i). Au niomcnl où Frédéric Vischer lui-même p(>ncliait encore du côté de lAulriche, Slrauss, sans approuver le i'ouverneinenl des hobereaux, déclare (pie lunilé allemande ne se réalisera que par l'hégémonie des Hohenzollern : Il n y a rien à faire, écrit-il à son ami, avec une puissance qui comprend trop de pays étrangers à rAllemagne et cpii est catholique (2). 11 se rallie au programme des nationaux-libéraux et il écrit pour le soutenir six dialogues au sujet du Slesvigllolstein (3).
Quand Strauss parle politique, il considère donc ([ue le protestantisme est « ce qu'il y a de mieux en Allemagne » ; quand il arrive à Cologne au milieu des pèlerinages, il invoipie comme un saint « notre Luther, qui a balayé toutes ces histoires dans tout le rayon de son esprit (^1) ». Mais piendre parti pour la Réforme contre Rome, n'est-ce pas aussi, en un sens, préférer les demi-mesures à la foi intégrale? S'il ne faut accepter que la consétjuence logique, comme l'a soutenu Strauss dans son pamphlet contre Schenkel, on ne voit pas pourquoi il préfère le temple luthérien à la cathédrale de Cologne. Aurait-il écrit que les ( entiers » sont les ennemis les moins dangereux, car ils ne font (ju'un prosélyte, quand les « demis » en ont dix dans ce faible monde (5), s'il avait songé à la lutte des catho-
(1) Il clioisil comme sujet de sa fonl'érence : Nallutn le Saije.
(2) Cf. lettre à Vischer, 17 juin 18<i3. Ausyew. Bricfe, p. 462.
'3'; Ces six dialogues parurent dans les Deulxche Bltiller (supplément de la (jartenlnube), dont le rédacteur était B. Auorbach. Cf. Kleine Schriflen. Neue Folire. VII, pp. 8S1-420.
(4) Cf. Kleine Schriflen (Der l\()Iner Dom.\ p. 420.
(.*> Pour montrer que lalTairc Schenkel était yrave, il suflira de dire que Zeller, faisant, en IH6'>, une conférence sur la religion et la philosophie chez les Romains, crut devoir y insérer les allusions suivantes : « Supposons qu'aujourd'hui un homme dans la situation de Scfevola parle de la foi de son Église comme le Romain s'est e.vprimé sur la religion d'État de Rome : (juel scandale
liques et des protestants? Aurait-il dit que ces derniers sont plus irréparablement perdus pour la vérité que les autres? Quoi quil en soit, si l'auteur avait encore, en février 1866, une prédilection particulière pour son pamphlet, il reconnaît, dans ses mémoires, que les amis euxmêmes ne sont jamais allés, dans leurs jugements, au-delà de l'indulgence.
il provoquerait, quel bruit, quelles protestations il soulèverait de toutes parts ! Et pourtant il n'est fait mention d'aucun incident de ce genre dans la Rome d'alors. Il ne semble pas que le Sénat ait demandé des explications au téméraire ponlifex maxirnus, ni (ju'un tribun du peuple ait déclaré la religion en danger, ni que le clergé romain se soit refusé à servir désormais sous les ordres de l'impie. On ne nous dit pas non plus que des hiérarchies étrangères, comme, par exemple, l'Aréopage d'Athènes ou le clergé de Cybèle à Pessinonte, aient cru devoir témoigner contre le collègue hérétique de Rome et rappeler aux autorités de la ville les devoirs religieux qui incombent au gouvernement. » Cf. Zeller, Vortrâge und Abhancllungen, II, pp. 121 sqtj. — Quand Strauss reçut de son ami un exemplaire de cette conférence, il lui écrivit de Darmstadt, le 7 mai 1867 : « Mes meilleurs remercîments pour ta conférence sur la religion et la philosophie à Rome, elle est excellente comme tout ce que tu donnes en ce genre. Si j'ai interrompu jusqu'au lendemain ma lecture après avoir achevé le passage sur Scfevola- Schenkel, il faut en excuser la faiblesse de mes yeux : le reflet de la lumière leur faisait mal. » {Aiisgeiv. Briefe, p. 4'J5.) Est-ce encore une criticjue ou serait-ce l'aveu d'un remords ?