STRAUSS ET LA FRANCE
La Xoiivelle 1 7e de Jésus n'avait pas ou tout lo succès qu'il était permis «l'en espérer; les pamphlets théolo^iques qui rn forment l'épilogue furent généralement désapprouvés, même par les amis (le l'auteur : Strauss se retira encore une fois de la lutte aigri et découragé. Il se sentait seul et bien vieilli. Il ne se plaisait même plus à Munich (i;, où il avait trouvé jadis, à des heures critiques, un asile paisible. La faiblesse de ses yeux l'éloignait des livres et des œuvres d'art : seule la musique le consolait encore, mais dans ce domaine, il se heurtait à la « clique » de Wagner- Li>/t-BiiIo\v, qu'il ne pouvait souflVir.
Il fallut deux rencontres fortuites pour le décider de nouveau à écrire. D'une part les ouvrages qui paraissaient à l'époque de Sadowa sur l'histoire de Prusse, attirèrent son attention sur la correspondance de Frédéric II et de XOltaire, et il sentit le besoin de mieux connaître l'écrivain qui personnifiait à ses yeux à la fois la l'raiice et le dix-
(1) .\ii milieu des <;itli()lic|iies bavarois, il éprouve, dil-il, les .sentiments que, dans les colonies de la mer .Noire ou delà Méditerranée, les indigène.s ont dû inspirer aux Hellènes. Cf. lellre à Visctier, du 12 novembre 1808. Ausgeiv. Driefe, p. ^)()i.
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huitième siècle (i). Dautro part, à Darmstadt, où il avait décidé de s'établir à demeure pour les dernières années de sa vie si agitée, l'auteur de la Vie de Jésus fut présenté à la princesse Alice, seconde fdle de la reine Victoria et du prince Albert, et épouse du prince-héritier Louis de Hesse. La princesse avait comme son père, qui fut Télève de Bretschneider (2), des idées libérales. Strauss eut l'honneur de faire à Son Altesse royale des conférences particulières sur le philosophe français qui fut l'ami de Frédéric II : ce sont ces conférences qu'il pidjlia en 1870 (3).
C'est une agréable causerie sur la vie et les oeuvres de Voltaire. Strauss ne croit plus comme autrefois, que la frivolité soit le caractère dominant du plus français des écrivains de France : la lecture des Causeries du lundi de Sainte-Beuve lui a révélé des penseurs qu'il ignorait et des travaux qu'il ne soupçonnait pas : il commence à avoir du respect pour les Français (4). Aussi ue s'en tient-il pas à un jugement superficiel sur les idées de Voltaire : il essaie de dégager le système qui se dissimule sous les plaisanteries ou les petites hypocrisies des pamphlets. Sans doute, loptimisle convaincu qu'est Strauss n'ariive pas à avoir une grande sympathie pour fa philosophie de Candide, qu'il considère comme un mélange de pessimisme, de scepti-
(1) Cf. Liter. Denkwurd. [Ces. Sc/ir., I, pp. .VJ-72.)
(2) Cf. leUre à Vischer, de Danns(aill, 2 juin 1867. Ausgeu'. Briefe, p. 495.
(3) Cf. Strauss, Voltaire, Leipzig. Hirzel, 1870, en appendice : 1° la traduction allemande du Dîner du comle de Boulainvilliers et 2° du Testament du curé Meslier, 3° des extraits des lettres de Voltaire concernant la nièce de Corneille. — Les dévots ne pardonnèlent pas à la princesse d'avoir permis à l'auteur de la Vie de Jésus, de lui dédier son Voltaire. « Jadis, dit un journal luthérien, le directeur spirituel de notre comtesse [Elisabeth] fut le chef des inquisiteurs; maintenant, c'est le chef des hérétiques- » (En allemand, il y a un jeu de mots sur Ketzermeister et Meisterketzer.)
f4) Cf. lettre àRapp de Darmstadt, 22 septembre 1868, Ausgew. Briefe, p. .003.