L ANCIENNE KT LA NOIVELLE FOI
veiil so ram<MitM' h deux : le lospectdo l'csprco humiiiiic cl It; ivspccl de lit Raison lllliv<M•sell«^ hv wspvrl de l'ospèce humaine, c'est ce ijn'il appelle la morale ; le respect de la Raison universelle, c'est ce qu'il appelle la religion (i). Ces deux principes n'étaient pas nouveaux : la philosophie ancienne ne les ignorait pas, et la philosophie moderne les avait remis en honneur; Strauss s'est inspiré particulièrement des stoïciens, de Spinoza et de Kant; mais, fidèle à l'esprit de la gauche hégélienne, il prétend arriver à ces principes en dégageant l'essence des religions (|u"il aliandonne: comme Feuerbach, en analysant le christianisme, avait jtrouvé au fond du creuset l'amour de l'humanité, et en analysant le paganisme, l'amour de la nature, ainsi Strauss est parti des deux premières personnes de la Trinité, puis il a substitué au Dieu personnel l'L niveis divin et à Jésus-Christ l'Humanité divine (2). 11 a voulu défaire ce que la religion avait fait : la foi avait incarné en un Individu, Jéhovah ou Christ, le Tout ou l'Es-
(1) « Dans l'activité morale, l'homme se rapporte à l'idée de ^on esipèce, qu'il cherche, d'une part, à réaliser en lui-même, qu'il .s'efforce, d'autre part, de reconnaître et de développer en tous les autres; dans l'état religieux, il se rapporte à l'idée de l'univers, source première de toute existence et de toute vie. En ce sens, on peut dire «jue la religion est au-dessus de la morale, parce qu'elle jaillit d'une source encore plus jjrofonde et retourne à un fond encore plus primitif.
<< N'oublie, à aucun moment, que tu es un homme et non un simple être naturel, à auiun moment que tous les autres sont également des hommes, c'est-à-dire, en dépit des différences individuelles la même chose que loi, qu'ils ont les mêmes besoins et les mêmes droits que toi — voilà l'essence de toute morale.
" N'oublie, à aucun moment, que foi et tout ce que tu perçois en toi et autour de toi, ce qui t'arrive à toi et aux autres n'est pas une pièce fragmentaire et sans cohésion, un chaos sauvage d'atomes ou d'accidents, mais que tout dérive selon des lois éternelles de l'Unique source primitive de toute vie, de toute raison et de tout bien, — voilà l'essence de la religion •>. Ges. Schr.. \I, |i. 1(51.
(2) Cf. .Vlbekt Lévy, la Philosophie de Feuerbach et son influence, l^aris, .VIcan.
pèce; la science doit restituer au Tout et à l'Espèce la dévotion qui s'était concentrée autour des héros éponymes.
Or ce genre de restitution, que Strauss propose, est impossible à réaliser : une dévotion étendue à toute Thumanité et à tout l'univers s'éparpille et se diffuse; elle perd son ardeur et finit par s'évanouir; si Ton veut conserver une force intacte, il ne faut pas la disperser soimême. Quand Strauss a prétendu appliquer à la conduite de noire action la morale et la religion dont il croyait sauvegarder l'essence, il s'est aperçu lui-même qu'il n'avait obtenu qu'un résidu insuffisant ; ses principes n'ont plus l'énergie nécessaire pour mettre de l'accord dans ses conclusions. Il prêche le culte de l'humanité ; mais il considère les divisions nationales comme éternelles, conformes à la nature et voulues de Dieu. Il pose l'égale dignité de tous les hommes ; mais il défend le mystère de la monarchie, les privilèges nobiliaires et bourgeois. Il affirme son humble respect pour la Raison qui dirige selon des lois éternelles tout l'Univers, il proteste même, au nom d'une piété optimiste et susceptible, contre les blasphèmes de Schopenhauer; mais il ne peut cacher l'horreur que lui inspire la lutte sauvage pour la vie et il est heureux que la tête sereine de l'humanité paisible émerge des flots déchaînés.
Il y a là des contradictions que Nietzsche, dont la sévérité à regard de Strauss est souvent injuste et parfois pédante, a eu raison de souligner. Strauss commande : « Respecte l'humanité en toi et en autrui. » Comment concilie-t-il cet impératif catégorique et le bellum omnium contra omnes qu'il enseigne après Hobbes et Darwin? Strauss renouvelle l'apologie hégélienne de la réalité rationnelle; comment concilie-t-il cette cosmodicée, plus optimiste encore (jue la théodicée chrétienne ou leibnizienne, et sa théorie de la machine immense et insatiable,