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('•gaiement éloignée de lopliinisme et du pessimisme, qui sont au fond d(Mi\ nianièrcs très voisines de ne pas choisir et de ne pas ai^ir. En reprenant au contraire la dëlinition de Schleiermacher, Strauss a restauré du môme coup le panthéisme romantique ; mais comme d'autre i)art il se représente la nature telle que nous la montrent les savants modernes, en particulier Darwin, son optimisme paraît singulièrement inquiétant. En outre il ne lu est plus possible de concilier sa religion et sa morale : d'après sa phi- . losophie religieuse, l'Univers est parfaitement bon et raisonnable ; d'après son éthi(jue, l'homme doit être supérieur à la nature. Comment dès lors noire religion pourrait-elle nous dicter notre conduite dans la vie?
Strauss n'a pas oublié seulement la vertu pratique de la religion ; il en a négligé aussi le caractère social. Gomme il ne voit dans l'Église que la gangue de la religion pure, il en est arrivé à croire (jue la foi nouvelle pouvait et devait se passer d'une organisation extérieure, sans s'apercevoir quen prêchant une religion sans Eglise, c'està-dire une àme collective sans corps commun, il retombait dans l'ascétisme qu'il prétendait combattre. « Une Église, une communauté, un Verein même, nous n'en fondons point, mais nous savons aussi pourquoi (i). >> Cependant, la seule raison ([ue Slraussen donne, c'est qu'il serait contradictoire de fonder une association pour en renverser une autre ; or comme Nietzsche l'a fait remarquer immédiatement, cela n'est pas si contradictoire ; c'est même la seule manière logique de procéder. C'est pour avoir négligé l'incarnation sociale de la religion, que Strauss s'est trouvé si embarrassé quand il voulut régler les rapports de l'Église et de l'État et coordonner les devoirs envers la nation et les devoirs envers l'humanité.
A vrai dire, Strauss n'a gardé de la religion que l'élément
()) Ces. Scfir., VI, p. 2.
Lévy. — Strauss 18
théorique et l'élément esthétique ; il a remplacé le dogme par la philosophie et la science, le culte par la littérature et la musique. Epigone du romantisme allemand et disciple des savants matérialistes qui, en retournant le panthéisme idéaliste, n'ont lait que rendre plus tangible l'insuffisance de tout système moniste, Strauss a paru croire que pour entraîner et pour consoler les hommes, il suffirait d'une litanie métaphysique ou d'une conférence d'histoire naturelle, d'une représentation théâtrale ou dun concert. N'a-t-il pas senti l'ironie cruelle de sa « nouvelle foi » quand il a parlé de chercher le salut dans Hermann et Dorothée ou dans Nathan le Sage ou quand il a composé le programme normal d'une soirée de quatuors édifiants, le menu de la nouvelle Cène?
Strauss a bien vu qu'il n'offrait que des compensations insuffisantes à ceux qu'il privait de toute rédemption, de toute providence et de toute résurrection. Il a avoué que, personnellement, il ne demandait que la satisfaction intérieure au milieu du labeur quotidien et l'espoir du repos définitif après sa rude journée d'ici-bas ; puis il a ajouté : « 11 faut savoir quitter la vie, plein de gratitude, pour avoir pu prendre part à l'action, à la jouissance et aussi à la souffrance des hommes ; mais en même temps plein de joie à l'idée d'être délivré d'une tâche fatigante à la longue: celui qui ne parvient pas à cet état d'âme, nous ne pouvons que le renvoyer aux prophètes et à Moïse qui d'ailleurs n'ont rien su non plus de l'immortalité, et qui n'en ont pas moins été Moïse et les prophètes (i). «
Quel dédain superbe et quelle douloureuse pitié! quelle fière et triste traduction du : Nunc dimitte servum tuum ! Mais est-il besoin de dire que cette ironie désenchantée, cette résignation lasse d'un vieillard qui a beaucoup travaillé et bien souffert depuis son enfance jusqu'au
tl) Cf. Ges. Schr., VI, pp. 251-253.