LA FIN
Après avoir dit ee qu'il avait à dire, Strauss rentra dans sa ville natale pour y terminer sa vie. Il fut peiné du ton que se permettaient à son égard les journalistes de toutes couleurs et les savants eux-niènies. Après la troisième édition de son livre, il se décida à reprendre la parole ; il parla avec dignité, avec fermeté, mais avec la modération résignée d'un vieillard qui est déjà gravement atteint ; puis il ne voulut plus rien entendre de la polémique qu'il avait soulevée. Il fut cependant encore surpris de rattacjue passionnée du jeune Nietzsche ; mais il ne songea plus à une riposte.
Bientôt une maladi(^ douloureuse le tortura sans lui faire perdre sa sérénité. Il lut le Phédon dans le texte et les derniers chapitres de la biographie d'Alticus par Corne^ lius Nepos. Il regretta de ne plus pouvoir se rendre auprès de sa fille, qui donnait deux petits-enfants jumeaux au grand'père, au moment où il allait dormir son deiiiier sommeil. Quand au Pieichslag, eu févi-ier 187^1, s'ouvi-irenl les débals du Kuliurkamp/W auieuv de l'Ancienne et la Nouvelle foi déclara — ce fut le dernier mol qu'il écrivit de sa main 11 1 — : -< Ce sont là des choses capitales au regard desquelles nos petites soutïrances disparaissent. « 11 mourut à soixante-six ans. Ceux qui le virent sur son lit de mort furent frappés de la noblesse de ses traits : seule une
(1) Cf. Hacsrath, Slrausti, pji. H87-388. Ausgew. Briefe. p. 576.
ligne dure autour de la bouche rappelait le caractère trempé par les luttes de la vie.
Strauss avait décliné des funérailles religieuses. 11 eût souhaité qu'on chantât à son deuil une cantate : mais on ne connut qu'après la cérémonie cette dernière volonté. On chanta donc un cantique et trois amis, Binder, Reuschle, Ruoff prononcèrent quelques mots d'adieu. Les piétistes souabes ne pardonnèrent pas à Binder — qui était directeur du conseil des études — cette attitude courageuse devant la tombe de son vieux camarade et ils firent à l'auteur de la Vie de Jésus l'honneur suprême d'un scandale posthume.