X-2) Slreilschriflen, III, pp
Jésus à cette nouvelle christologie de ITIomme-Dieu il y a un abîme. Or, dans la troisième édition de son œuvre (i838) Strauss essaie non pas de substituer, mais d'ajouter sa deuxième chfistologie à la première. Après avoir montré que la christolog-ie scientitique doit s'élever au-dessus de Jésus, il déclare qu'il faudra toujours revenir à ce personnage hislorique. Toutes les rénovations caractéristiques sont dues à des individus éminents : la fondation du christianisme ferait-elle exception à cette règle ? La création spirituelle la plus puissante n'aurait-elle pas d'auteur assignable et ne serait-elle que la résultante de forces impersonnelles? La critique qui n'a jamais prétendu nier l'influence des individus, a été priée d'y insister expressément par des voix qu'elle a entendues avec plaisir. La critique, c'est-à-dire Strauss, répond à cette invitation de ses adversaires les plus courtois (i) en reprenant la théorie des génies, telle qu'il l'avait déjà exposée dans sa réplique aux hégéliens, entre autres à Rosenkranz. Il fait même, semblet-il, un pas de plus dans la voie des concessions (2) : il n'accorde plus seulement qu'une incarnation singulière en Jésus est philosophiquement concevable et que par suite la critique historique fait un effort légitime en essayant de l'établir : il paraît prêt à reconnaître, sur la foi des textes évangéliques, que cette incarnation éminente est historiquement prouvée. Sans doute il fait encore des réserves : mais on peut croire en le lisant que tout en n'admettant pas l'impeccabilité, la perfection absolue, il accorde que la conscience de Jésus a réellement atteint parla communion
1) Particulièrement Ullmann dans son compte rendu de la Vie de Jésus dans Theol. Slndien und h'ritiken, 183(). — Schweizeb, Das Lehcn Jesu von Slratins iin Vcvhullniss zur schleiermacherschen Dignildl des Religionssliflers, iljid., 1837. — Schalleh, Der hislorische Chrislus und die Philosophie.
2) Cf. Vie de Jésus, de Stp.auss, traduite de l'allemand d'après la 3° édition par Littiu':. l'aris, de Ladrange, 1840, t. II, 2« partie, pp. 765 sqq., surtout j). 773.
ii.w iii-i i(i;i)i:i(i(; >ru.\i><s
spiiiliu'lle avec Dieu, lolenno du (IrNcloppcnicul religieux, lo degré su|>n>ni(' cpii ne |)eul èlre (lé|>ass(''. I.(\s ohjeelions philosophiques sonl ntainleiiaul |m)UI' lui d(\s sidtlililés de rentendemeul doul la relii>ion n'a pas [)lus ù se pi'éoceuper qu'un honiuie raisouuable ne se laisse in(piiéler |)ar un calcul dcmonirani la i)ossibililé d'une rencon(r(i enire la terre et une comète. A la réllexion qui proteste, <»u doit imposer silence tant (lu'elle n'est pas en mesure de montrer dans la réalité une personnalité relii^ieusc; qui ait le courage et le droit de se placer à c(Mé de .Jésus.
C'est dans son article sur Vêlémcnl iiérissahlc cl l'iHémeni diu'dhlc du chrislianisme (ii que Strauss a donné à cette théorie du génie religieux tout son développement. Si le culte des génies est à l'ordre du jour, dit-il, .Jésus aussi est un génie. Reconnaît-on le génie à Thai-monie et à la sérénité de l'Ame? ou îi la grande idée ((ui l'ail l'unité d'une vie ? ou à la puissance d'allraction et de répulsion qu'il exerce? ou à rinlluence extraordinaire de son o'uvre ? tous ces caractères, nous les trouvons réunis chez Jésus. Dans le chœur des génies, le fondatcJir de religion est au premier rang, et i)uisque le christianisme est reconnu comme la plus parfaite des religions, son J-'ondateur a droit aux prémices des hommages que nous otTrons aux génies. Entre les autres héros de lliisloire, capitaines et hommes d'état, savants et artistes et celui qui a altoini ilaiis le domaine religieux le sommet (|u'aucun avenir ne pourra dépasser, il y a une (liflérence d'espèce. L'humanité ne .se passera pas plus du Christ qu'elle ne .se |)assera de r(digion : et ce Christ, (ju'on ne saurait séparer d<' la plus haute forme de religion, est un personnage non pas mythifpie mais histori«pu>, un indi\idii. non un syudtolc.
(1) L'.iiMih' |i;iiiil (I .il)!!!!! (l.ins une rtîviic ilc Tu. Mundt : le Freihafen '1838;, il e&l réiin|irimé .lugiiicnlé cl corii^iV tJiins Zuiei friedliche lilalter. AlUma, Ilamiiieiicli, 1H3». Cf. surtout i»|i. 104,108 llH, 127. 131.
Personne semble-t-il, ne pouvait désirer rétractation plus formelle de la Vie de Jésus. Et cette fois Strauss croyait bien pouvoir compter qu'on ne l'exilerait plus dé la communauté chrétienne puisqu'il gardaitle Christetqu'il le gardait « comme ce que nous pouvons connaître et penser de plus haut, au point de vue religieux (i ^ ». Ces concessions ont paru si graves qu'on les explique d'ordinaire par le désir qu'avait Strauss d'être nommé professeur à Zurich. 11 est certain que l'auteur des Feuilles pacifiques tenait à montrer au public que la paix était possible entre les chrétiens et l'homme que les piétistes dénonçaient comme l'Antéchrist; il voulait prouver clairement qu'il n'était pas un esprit ne sachant que nier.
Or il se rendait compte (2) que la restauration qu'il avait donnée dans la dissertation finale de la Vie de Jésus était trop courte pour faire visiblement contre-poids à la critique de deux gros volumes ; et surtout, elle était trop philosophique pour être appréciée du grand public. « Ce n'était qu'une idée. » Sans doute Strauss s'étonne encore du dédain que les théologiens eux-mêmes manifestent à l'égard de l'Esprit et du respect « matérialiste « que tous témoignent au fait extérieur. L'idée que le ÎNIessie ne mourrait pas ne paraissait pas suffire à engendrer la foi à la résurrection de Jésus : mais l'événement le plus fortuit et le plusmisérable — une mort apparente, un tombeau trouvé vide — était capable de relever le courage des apôtres et de sauver le christianisme. L'idée que l'humanité est l'incarnation de Dieu n'a pas assez de puissance pour donner à l'homme l'énergie morale et la paix de l'âme : seule la foi à des faits surnaturels — naissance, mort, résurrection et ascension d'un individu — peut communiquer à rhomm.e la force nécessaire pour vivre pieusement et lui assurer la béa-
il) Zirei friedliche Bliitter, p. 132.
(2) Cf. préface des Friedliche Blalter, p. vin.
DAVin-rRKDF.niC strauss
litiulo (';lcnicll«'.()n seul (juc Slrauss au fond inrprisi^ «îclle piété oli'cllc vertu (iiii a besoin de .s'a|>puv('r sur des sif^nes exléi'ieurs; mais puisque lel est l"élald'es|)ril de sesconloniporains, il va chercher s'il ne poui'rait |)as hii atissi sauver de la vie du (Ihristun élément qui ne serait pas une simple idée : c'est ainsi qu'il en est arrivé à affirmer l'éminente dignité de la conscience de Jésus. A la restauration do^malique de l'Ilumanité-Dieu. il a voulu ajouter la icslauralion hislori({ue d'un Homme en un sens divin.