ALTER
dirigeait la discussion. Dans sa biographie de Märklin, Strauss nous a dit l'impression profonde que l’œuvre de Hegel produisit sur lui (1).
La Phénoménologie était la transition naturelle entre
les idées de Schelling et la philosophie nouvelle. Cest
dans la préface de cet ouvrage que Hegel explique ce qui sépare de la philosophie romantique qu'il avait paru soutenir jusque là en allié de Schelling, le système qu’il élaborait personnellement (2). En passant des rêves et des mythes de l’idéalisme transcendental à la phénoménologie, on quittait Platon pour Aristote : au moment où le nouvel Alexandre chevauchait aux portes d'Iéna, Hegel avait voulu donner à la pensée moderne la forme systématique et définitive que le Stagirite avait donnée à la pensée antique. Une pensée philosophique, disait Hegel, qui méprise le concept (Begriff) et prétend y suppléer par une intuition poétique, ne peut nous offrir que les combinaisons atbitraires d’une imagination que la pensée ma pu que désorganiser — des produits qui ne sont ni chair ni poisson, ni poésie ni philosophie. Hegel plaide la cause de la réflexion, de l'analyse, de la mesure, de la forme contre la philosophie de l’extase et de l'enthousiasme confus, contre la fausse science, qui a la prétention de se révéler mystérieusement au génie et ne peut se transmettre que par une initiation réservée à un petit nombre d'élus.
A lire ces pages de Hegel, Strauss prenait conscience de ses propres qualités intellectuelles : il se rendait compte que la philosophie romantique ne donnait qu’à demi satisfaction à son esprit, épris de clarté et de précision; l'ironie mordante et parfois même un peu lourde de Hegel n'était pas faite pour lui déplaire; il comprenait ce genre d’humour, qui, chez le grand philosophe, trahissait l’origine
(1) Cf. Srrauss, Märklin, Ges. Schr., X part., pp. 224-225. Cf. Z1Eacer, Strauss, I, pp. 50-51.
{2} Cf. Haym, Hegel und seine Zeil, pp. 208 sa.