‹ David-Frédéric Strauss, la vie et l'œuvreChapitre 19 sur 50 · AU POINT DE VUE DE LA FOI · texte numérisé non relu

AU POINT DE VUE DE LA FOI

Les concessions que Strauss a faites à ses adversaires el au public chrétien sont graves au point de vue philosophique : elles sont pourtant insuffisantes au point de vue de la foi.

Sa restauration complémentaire est encore d’un libéralisme suspect. Strauss a beau mettre Jésus hors de pair : il ne le fait pas monter au ciel ; il le laisse sur terre, à la tête du chœur humain des génies classiques. Il ne se scandalise pas comme Hengstenberg du culte païen qu'on rendait alors à l’homme de la colonne Vendôme et à l'Olympien de Weimar :il ne trouve pas que l'autel de Jésus soit souillé par le voisinage de Gœthe ou de Napoléon. Il constate sans la moindre indignation que Heine a comparé les mémoires de O'Meara, Antommarchi et Las-Cases aux souvenirs de Mathieu, Marc et Luc et il s'attend à trouver des fidèles qui considéreront les lettres de Bettina commeun autre Évangile selon saint Jean : on sent bien que Strauss, comme jadis l'empereur Alexandre Sévère, est tout prêt à placer dans sa chapelle domestique les statues d'Abraham et d'Orphée à côté de celle de Jésus. Si le peuple d'Israël est le fils aîné de Jéhovah, pourquoi le peuple

{1) « Ist nicht die ganze Ewigkeit mein ? » LESSING, Érziehung des Menschengeschlechis, Werke, éd. K. Lachmann, t. X, p. 329, dernière ligne.

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