VIE DE JÉSUS
En somme, Strauss n’a pas renié l'esprit de sa première œuvre.
Dès le début, ses adversaires avaient mieux compris que l’auteur lui-même tout le sens et toute la portée du livre scandaleux : avec la clairvoyance de la foi, de la haine ou de l'inquiétude, ils dvaient élargi le débat et généralisé le problème. Il s'agissait de savoir si la théologie et la philosophie allemande du dix-neuvième siècle étaient encore chrétiennes. Jusqu’àla publication de la Viede Jésus, les philosophes et les théologiens allemands avaient paru travailler à la restauration rationnelle et à la restauration historique du christianisme, si attaqué au dix-huitième siècle par les Anglais et les Français. Strauss lui-même s'était imaginé d’abord qu'il étayait l’une par l’autre ces deux restaurations. Or, maintenant, il apparaissait clairement qu'après cinquante ans de travail acharné, de pieux labeur consacré à consolider l'Église ébranlée, il ne restait que des ruines (2).
(1) Sireitschriflen, II Heft : Die Jahrbücher für wissenschaflliche Krilik, p. 126.
(2) « On a souvent demandé, écrit Quinet en 1838, d’où peut venir l'immense retentissement de l'ouvrage du docteur Strauss. Cette Cause n’est point dans le style de l'écrivain. Ce langage triste, nu, géométrique, qui, pendant 1.500 pages, ne se déride pas un moment, ce n'est point là la manière d’un amateur de scandales. Quant à ses doctrines, il n’est pas, je crois, une de ses propositions les plus audacieuses qui n'ait été avancée, soutenue,
RE RE LE 0 dut 7 ENT Een AQU EE TN CRE PMR ECNCETEE SANT MIRE PR ê h AN ET RSS DE Prat VICOCTR ÿ À Le Le M re C LEE Mr Mie 112 ; PAU MENT" AD Ur RTE 2 ie MT 7 É
nu $ eY da sé
Strauss lui-même tressaillit en voyant tout à coup qu'il n'avait fait que « concentrer tous les doutes en un seul et former un même faisceau des traits épars du sceplicisme ». Îl avait cru réaliser la synthèse du rationalisme et du supranaturalisme, de l'Aufklärung et du romantisme : il se rendait compte qu'il n'avait fait que donner au rationalisme et à l'Aufklärung plus de vie et plus de force en les rajeunissant. Sans doute Hengstenberg avait tort de croire que son adversaire était au fond de l'avis de Reimarus ou qu'en son cœur il criait avec Voltaire: « Écrasez l'infâme. » Strauss explique clairement que l'attitude du dix-neuvième siècle n’est plus celle du dix-huitième (1). Depuis Reï-
débattue avant lui. Comment donc expliquer le prodigieux éclat d'un ouvrage qui semble fait de la dépouille de tous ? Je réponds que cet éclat vient précisément de ce que le système nouveau s'appuie sur tout ce qui l'a précédé, et que son manque d'originalité dans les détails est ce qui fait la puissance de l'ensemble. Si cet ouvrage eût paru être la pensée d'un seul homme, tant d'esprits ne se seraient pas alarmés à la fois. Maïs lorsqu'on vit qu'il était comme la conséquence mathématique de presque tous les travaux accomplis au-delà du Rhin depuis cinquante ans et que chacun avait apporté une pierre à ce triste sépulcre, l'Allemagne savante tressaillit et recula devant son œuvre. C'est là ce qui se passe dans ce pays depuis trois ans. » QUINET, De la Vie de Jésus- Christ du docteur Strauss. Revue des Deux-Mondes (déc. 1838), t. IV, pp. 587-588.
{1) « L'idée que la religion est une duperie et le mythe un mensonge était liée à une philosophie qui ne connaissait l'esprit que sous la forme subjective d’un individu, et non sous la forme objective d'une race, d'un peuple, d’une société religieuse. À ce point de vue, la religion parait l'invention arbitraire d’un homme où de plusieurs individus, et non le produit nécessaire de la nature in+ térieure de la collectivité, dont l'individu est l'organe; le mythe n'apparaît plus comme la fleur naturelle dont une communauté spirituelle à favorisé l'éclosion, mais comme une fleur artificiellement fabriquée par un prêtre rusé. Mais ce stade, où l’on expliquait tout en histoire par des motifs subjectifs secrets, par des passions privées ou des intrigues, est décidément dépassé aujourd'hui, grâce aux progrès de la philosophie, de l'histoire et de la mythologie, et il est ridicule de vouloir y ramener qui que ce soit.» (Streitschriften, HI Heft, Die evangelische Kirchenzeitung, pp.41- 42.) à