EN DAVID-FRÉDÉRIC. STRAUSS
marus, l'Allemagne avait travaillé ; entre les Fragments de Wolfenbüttel et la Vie de Jésus il y avait l’œuvre de Heyne et de Herder, de Wolf et de Niebuhr, de Gœæthe et de Hegel ; on sait en 1835 que pour comprendre le passé, 1l ne suffit pas plus de le cordamner que de le louer ; on tient compte du caractère spontané ou collectif des œuvres et des manifestations humaines ; on explique donc les textes religieux comme les autres textes, avec plus d'intelligence, plus de goût, plus d'érudition ; mais les explique-t-on avec plus de foi (1) ? Qu'a fait Strauss, sinon profiter des progrès obtenus par l’histoire, la philosophie, et la mythologie dans les territoires profanes pour permettre à la science d'avancer dans le domaine sacré ? Pas plus que ses adversaires, l’auteur de la Vie de Jésus ne pouvait se faire longtemps illusion à cet égard.
Strauss eut le courage de ne pas reculer devant son œuvre.ll maintint que la science avait le droit de pénétrer dans le sanctuaire. Le savant ne doit chercher que la vérité, sans se préoccuper des conséquences : il ne faut pas que l'esprit se laisse séduire par le cœur. Strauss sait prendre le ton de Pascal dans les Provinciales ou de Lessing dans ses Anligoeze pour expliquer à Steudel que l’argumentum «a lerrtbili n’a pas de prise sur lui. Il faut traiter, avait dit Steudel, tout ce qui est sacré avec un respect religieux ; et Strauss répond: ce qui est sacré pour le savant, c’est la vérité et l'amour de la vérité est sa religion. Steudel avait pris pour devise le vers de Luther : « Dieu combat à nos côtés » et Strauss invoque le vers suivant : « Qu'ils laissent debout la Parole. » On saisit ici sur le vif le passage de la Réforme — qui avait mis le respect. de l'Évangile au-dessus de l'autorité de l'Église — à la philologie moderne, qui met le sens exact du texte, évan-
(1) Strauss dit, par exemple : « L'auteur du quatrième Évangile n’est pas plus un menteur que Hérodote, Thucydide, Tite-Live, Josephe, qui n'ont pas hésité à prèter à leurs héros des discours
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