III. — La GENÈSE DU MYTHE
Dans le deuxième livre, Strauss étudie la formation de la légende de Jésus. Il distingue trois cycles de mythes : le cycle de la naissance, celui de la vie publique et celui de la mort. Chaque cycle se subdivise en groupes; l'unité d'un groupe est constituée par une formule génératrice : on obtient par exemple les trois groupes du premier cycle au moyen des trois formules : le Messie est le fils de David ; il est le fils de Dieu et il est le nouveau Moïse. C'est ce deuxième livre qui est exactement la contrepartie de la Vie de Jésus de 1835 : Strauss reconstitue par une synthèse les récits évangéliques qu'il avait analysés jadis. L'auteur est très à son aise dans ce domaine : on. sent qu'il est heureux de faire la preuve de son opération. Mais le succès même de la seconde expérience ranime l'inquiétude qu'avait déjà inspirée la première : quand il avait décomposé le mythe, Strauss n’avait trouvé au fond du creuset qu'un résidu historique à peu près insignifiant; inversement, il semble maintenant n'avoir pas besoin d'éléments empruntés à la réalité pour reconstituer les Évangiles. Nous connaissons, dit-il, Socrate par Xénophon et Platon; nous ne connaissons pas Jésus par Mathieu et Jean. N'objectez pas que l'Église chrétienne existe, et qu'on peut conclure de l'œuvre à l'ouvrier ; car