‹ David-Frédéric Strauss, la vie et l'œuvreChapitre 40 sur 50 · DL 0 DAVID-FRÉDÉRIC STRAUSS · texte numérisé non relu

DL 0 DAVID-FRÉDÉRIC STRAUSS

l'Église même n'est pas un travail de première main : il y a eu des altérations, des interpolations; bien plus, l'originalté du prophète galiléen n’est qu'un des facteurs qui ont déterminé la forme primitive de l'institution.

Si bien que Strauss, après avoir vainement essayé de compléter par l'histoire de Jésus son ancienne critique des Évangiles, revient aux conclusions de 1835 : il nie la réalité, il affirme la métaphysique. La parole de l'Évangile Johannique : « Heureux ceux qui croient sans voir ! » n’a pour lui qu'un sens : c’est que, selon l’expression de Lessing, les vérités nécessaires de la raison sont indépendantes des accidents de l'histoire. Avec Spinoza et avec Kant, Strauss oppose de nouveau à l'individu qui s’appela Jésus l’idée générale du Christ. Sans doute, les héros du passé mettent en relief certains traits du portrait normal de l’homme; le Galiléen crucifié peut servir d'illustration à l’enseignement moral de la patience, de la douceur et de amour d'autrui. Mais les exemplaires réels les plus remarquables de l'humanité ne sont jamais que des copies incomplètes du type parfait de l'espèce : le docteur juif qui vécut sans famille, dédaigna l’état, condamna l’industrie et ignora l’art, ne peut servir de modèle qu'à certains égards : pour obtenir l’image totale de la vie humaine, nous sommes obligés d'emprunter quelques traits aux Grecs et aux Romains, sans parler des peuples modernes : il faut le travail de l'humanité entière pour incarner l'idéal moral (1).

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