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1 fée à
ferme comme roche, que de recommencer chaque jour ‘de nouveau la lutte contre ses inclinations el ses passions. La mère se moquait de cette traîne de dogmes dont il S'embarrassait, tandis que sa foi à elle, courte et simple, était si facile à porter. Le père se laissait aller à de sombres spéculations sur la nature divine du Christ, son nom mystérieusement sacré, son sang versé en sacrifice pour racheter le monde; pour la mère, Jésus était un sage docteur envoyé par Dieu, un homme qui fut vertueux, mais dont le martyre ne pourrait servir à rien, si nous ne
tconformions notre vie à sa doctrine et si nous ne suivions
son exemple (1).» De sa mère, Strauss a donc retenu la leçon du travail quotidien, accompli malgré les scrupules et les soucis ; c'est d'elle qu'il a appris à bien faire ce qu'il avait à faire, à cultiver d’abord son jardin et à estimer l'arbre d'après ses fruits ; c'est d'elle qu'il tient son esprit critique ; son jugement droit et sûr el l'optimisme voulu, qui, malgré de cruelles épreuves, triompha en lui du désir de la mort, et le fit rester debout, ne fût-ce que pour braver les adversaires et l'adversité. C'était une femme héroïque, celle qui osait dire à son enfant : « Si je meurs maintenant, les gens croiront sûrement que je suis morte de chagrin à cause de toi », et il était digne de sa mère, le fils qui sut prolonger une existence brisée jusqu’au jour où il eut dit publiquement tout ce qu'il avait à dire.
C'est de sa mère aussi que Strauss tint certaines qualités bourgeoises. C'est elle, la fille du pasteur, l’orpheline pauvre et non le père, commerçant malgré lui, qui montra à l'enfant que la dignité même de la vie était impossible dans Ja société moderne sans une comptabilité bien en ordre. Strauss nous a dit l'émotion qu’il éprouva quand un soir
(1) Strauss, Zum Andenken an meine gule Mutter. Ges. Schriflen, T, pp. 81-104 particulièrement pp. 99 sqq.
sa mère s'assit près de lui et lui révéla toutes les difficultés de sa situation, tandis qu’il considérait la chevelure déjà
grise de la pauvre femme. Il faut avoir cette scène pré="
sente à l'esprit pour juger équitablement l'attitude si dis=\ cutée de Strauss, dès que des questions d'argent étaient
en jeu : ce n’est pas toujours par goût de la.vie prosaïque
qu'on devient un peu philistin. Peut-être même ces souves=" nirs d'enfance et de jeunesse si pénibles ont-ils exercét sur son esprit une influence plus considérable encore." L'idée d’un bilan à déposer a hanté Strauss; c’est sa méta=
phore de prédilection. Le savant s’est demandé si la théo=
logie, qui a fait profession d'enseigner le christianisme;
n’était pas moralement tenue de déclarer qu'elle n'était
plus en mesure de faire face à ses engagements. Et le
dernier livre qu'il ait écrit n’est pas seulement un testa=" mént en règle; l’auteur a voulu rendre compte avant dev mourir de la gestion qui lui avait été confiée de son
vivant (1). Le plan de ses œuvres pourrait se résumer
ainsi : Première partie : Doit; deuxième partie : Avoir:
N’est-il pas permis de penser que Strauss songeait un peu
au front soucieux et à la chevelure grise de sa vaillanten mère, quand il établissait le passif et l'actif de la science et de la conscience moderne, avec une tristesse résignée parfois, mais toujours avec une courageuse loyauté? Ce n'était pas de sa faute si l'héritage légué par les généra= üons antérieures n’était acceptable que, sous bénéfice d'inventaire.
Après avoir essayé de démêler ce que Strauss lient de sa famille, est-il légitime de se demander ce que Strauss doit à sa petile patrie? Le caractère souabe qui selon
(1) Cf. l'Introduction de Der alte und der neue Glaube. Ges. Schr. WI, p: 9
L'ENFANCE ET LA JEUNESSE Là 4
4 Haym (1), se retrouve même dans l'éther de la pensée el de la philosophie de Hegel, se retrouve-t-il aussi chez L l'auteur de la Vie de Jésus? On sait qu’au lendemain . même de la première œuvre de Strauss, Vischer a dépeint son compatriote et ami comme le représentant typique , des Wurtembergeois. Il faut tenir compte sans doute pour : . bien apprécier le fameux article de Vischer des circon- … stances où il a été écrit (2) : l'auteur lui-même en a rectifié quelques points dès 18/44 quand il le réimprima. V ischer a forcé sans doute quelques traits parce qu'il essayait de … faire comprendre aux Allemands du Nord le caractère des Allemands du Sud ; en même temps, il voulait défendre les poètes de l’école souabe contre la jeune Allemagne berlinoise et hambourgeoise ; il s’efforçait surtout pour mieux soutenir Strauss, de bien attaquer le piétisme wurtembergeois. Tous ces soucis de polémique ont dù rendre Vischer parfois un peu partial, sans compter qu’il résistait difficilement à la tentation d'exaspérer ses adversaires par un mot trop dur ou de les scandaliser par quelque bonne plaisanterie née dans une brasserie d'étudiants. Néanmoins - on admet généralement que son esquisse dans ses grandes lignes est assez ressemblante. ù Les Souabes, dit-on d'après Vischer, se rapprochent de leurs voisins de l'Allemagne du Sud par leur naïveté et leur sentiment poétique ; mais ils ont comme leurs core- . ligionnaires de l'Allemagne du Nord l'esprit critique joint au respect d'une sérieuse discipline morale. Tenant ainsi du Nord par leur foi et leur pensée, et du Sud par leur situation et leur nature, les Souabes ont toujours cherché
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