‹ David-Frédéric Strauss, la vie et l'œuvreChapitre 7 sur 50 · MIS TU CE · texte numérisé non relu

MIS TU CE

ni

Lisa À LT

Lu

rh

dt a US LE ee 4

(1) Cf. Haym, Hegel und seine Zeit. Berlin, Gärtner, 1857.

… (2) Viscuer, Dr. Strauss und die Wirtemberger, dans Hallische Jahrbücher für deutsche Wissenschaft und Kuns, 1838, n° 57 sqq. mm. réimprimé dans Xritische Gänge, Tübingen, Fues, 1844, I, pp. 3-131. “Le père de Strauss était d'une famille originaire de Franconie, —du:pays de Hohenlohe. Cf. Z:EGLER, Sirauss, I, p.6.

instinctivement une synthèse, ou, comme disent leurs adversaires, une équivoque, mettons une conciliation plus

ou moins ambiguë du mysticisme et du rationalisme, de :

la contemplation ét de la réflexion, de la substance et du sujet, du fait et du progrès : leurs apologies sont à deri révolutionnaires et leurs critiques sont des essais de rèstauration. Strauss pas plus que Hegel n'aurait échappé à cette règle générale. Il y a de la poésie et du romantisme dans leur métaphysique et leur théologie, comme il y a inversement de l’abstraction et de la sagesse didactique dans la poésie de leurs compatriotes. Vischer va jusqu’à

soutenir que ce n’est pas un hasard si la critique de Kant ou de Fichte est née dans l'Allemagne du Nord, tandis.

que la philosophie poétique de Schelling et la philosophie dialectique de Hegel sont issues de Souabe : comme le désert, selon Renan, serait monothéiste, l'Allemagne du Nord serait portée au dualisme de l’esprit et de la nature, ‘tandis que la Souabe relierait les deux mondes par l’iden- “tité du sujet et de l’objet ou par la synthèse des contradictoires (1). Ainsi ce serait par une sorte de fatalité que

Strauss aurait été conduit aù monisme ; et il ne faudrait

pas s'étonner qu'après avoir renoncé à l'idéalisme de sa jeunesse, il soit tombé dans le matérialisme : il n'avait le choix qu'entre ces deux façons de réduire à l'unité deux termes selon toute apparence irréductibles.

D'autre part, fils d'une race que la nature n’a pas gâtée et qui a eu la vie dure, les Souabes n'ont pas la grâce, la facilité, la joie insouciante. Le rigorisme protestant a renforcé ce caractère triste de la race : ce n'est pas seulement le costume noir ou gris de ces piétistes qui tranche sur les couleurs bariolées d'or et de perles de leurs voisins catholiques : leur âme même est comme assombrie de soucis et de scrupules. Dans sa biographie de Märklin, Strauss

(1) VISCHER, loc. cit., p. 64.

CA

considère (1) que son condisciple a eu de la chance de

pouvoir passer ses vacances à Heïlbronn : dans cette con-

trée riante, fertile, riche en vin, la population est plus gaie, dit-il, plus heureuse de vivre que dans le vieux Wurtemberg, qui a gardé quelque chose de revêche et de pédant. Märklin a pu ainsi, pendant ses années de séminaire, d'Université et de répétitorat se délasser un peu dans une ville dont le caractère déjà franconien complétait heureusement sa nature sévère, consciencieuse, vraiment souabe.

Mais si les jeunes Souabes ne jouent pas assez, même en vacances, ils sont souvent en revanche des travailleurs

acharnés ; ils ont la longue patience qui va parfois jusqu'au

génie. Le labeur que supposent les premiers cahiers de Hegel ou les deux volumes que Strauss écrivit à vingt-sept ans, étonne, même quand on se dit que ces jeunes hommes n’ont vécu que pour apprendre et qu'ils ont commencé par être de vieux savants (2).

Malheureusement les Souabes apparaissent moins à l'aise dans Te domaine réservé à notre activité que dans le vaste champ de la théorie. Il ne serait sans doute pas difficile de relever dans la conduite de Strauss comme dans celle de Hegel plus d'une maladresse qu'on pourrait qualifier de « Schwabenstreich » ; dans tout ce qui touche à l'action, — action religieuse, politique ou sociale — leur inaptitude ou leur inexpérience est frappante. Aussi se sont-ils soumis assez facilement, malgré leur libéralisme, aux pouvoirs établis : ils ont volontiers trouvé un caractère raisonnable à toute réalité. Bien plus, dans leurs Sys-

tèmes mêmes, ils ont instinctivement éliminé l’action effi-

eace et le véritable progrès. Hegel n'a guère vu dans la volonté qu'une forme de la pensée : il a cru que l'histoire

(1) Srrauss, Märklin, Ges. Schr., X, p. 184.

(2) Les camarades de Hegel à l'Université l'appelaient « le vieil homme. » Cf. Hay, loc. cil., p.22.

humaine et le mouvement de l'univers pouvaient se réduire à une démonstration logique; Strauss s’est imaginé que des mythes, des idées ou des rêves épuisaient tout le contenu des religions positives et que par suite, des théorèmes scientifiques, des ballades poétiques ou des mélodies musicales suffiraient à combler le vide laissé par la disparition de la foi dans l’âme et dans la société humaine. Autant il serait puéril de prétendre expliquer toute la pensée des grands hommes par leurs origines, autant il serait vain de ne vouloir considérer leur œuvre qu’en elle-même, sans tenir compte des racines qu'ont ici-bas toutes les choses terrestres.

Page 1