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CHAPITRE II

LA CRISE ROMANTIQUE L'INFLUENCE DE SCHELLING, DE SCHLEIERMACHER ET DE HEGEL

La crise romantique qui eût pu rejeter Strauss, comme tant d’autres hommes de sa génération, dans l’orthodoxie ou dans le piétisme, sinon dans l'ombre des cathédrales ou la paix des cloîtres, fut au contraire le premier symptôme de son émancipation religieuse. « Ce fut cette crise, dit Vischer, qui dégagea son caractère. La colère qu’inspirait au jeune homme parvenu à ce stade nouveau dans la contemplation, tout ce qui paraissait trahir l'influence de Nicolaï, aiguisa sa force de volonté. Qu'était devenu le garçon inoffensif et timide ? C'était un caractère à double tranchant qui se révélait à nous, un caractère autoritaire,

“ s'affirmant avec énergie, avec des accès de colère brusque

qui le rendaient souvent dur et injuste : désormais il inspi-

rait à son entourage ce mélange particulier d’effroi et de dévouement, ce charme magique qui émane d'ordinaire de natures qu'on peut appeler, au sens antique du mot, démo-

mniaques. » Ainsi en prenant parti avec fanatisme pour la

foi romantique contre le scepticisme de l'Aufklärung, Strauss avait appris à avoir le courage de son opinion:

c'est le signe de l’hérésie. Le jeune homme ne devait pas

LÉVY. — Strauss 2

re

tarder à retourner contre le romantisme lui-même ce.

caractère entier que Vischer comparait à une arme à double tranchant.

Bientôt son esprit plus sûr de sa vigueur s’attaqua à ces miracles de Weinsperg, qui lui avaient paru d’abord braver les doutes des plus sceptiques. Le premier article imprimé de Strauss est une Critique des différents Jugements portés sur les esprits qui apparaissent à la voyante

de Prevorst (1). Strauss ne croit déjà plus aux esprits ; u

mais il croit encore aux manifestations de forces occultes dont il a été parfois témoin. Il cherche à en donner une

explication naturelle, sans avoir recours au « troisième

monde ». Il croit que la sphère de sensation et d’action de la voyante est très vaste, si bien que l'organisme peut, tantôt volontairement dansle sommeil magnétique, frapper des maisons lointaines, tantôt involontairement; à l’état de veille, produire des bruits que la voyante elle-même considère comme des manifestations de ses esprits. N'est-ce pas là un procédé assez analogue à celui dont l'Aufklärung, naguère maudite par Strauss, s'était servie pour expliquer d’autres miracles ?

Ce n’est pas cependant par un retour à la critique rationaliste du dix-huitième siècle que Strauss est arrivé à ses

idées décisives; c’est par une conséquence directe de la

philosophie romantique, par une de ces déductions hardies qui, comme il arrive souvent — Fichte venait d'en donner un illustre exemple — ruinent les prémisses dont elles partent. Il importe d’insister sur cette origine romantique

(1) Cet article fut écrit par Strauss en 1830 pour le Hesperus, Strauss l’a inséré comme « curiosité » dans les Charakteristiken und Kritiken, 1° éd., 1839 ; 2° éd., 1844, Lpz. Wigand, pp. 390-404. De la même date à peu près est le sermon que Strauss prononça dans la chapelle du château le 24 juin 1830 en qualité de theol. cand. et de membre de l’Institut évangélique, à l’occasion du troisième jubilé de la confession d'Augsbourg. Hausrath a réimprimé ce sermon dans les appendices de son premier volume, I, pp. 3-9.

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