‹ David Hume: moraliste et sociologueChapitre 19 sur 140 · LK8 PA88IO^S · texte numérisé non relu

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passions violentes. Le principe de Locke que « Taction est toujours déterminée par le malaise le plus pressant » se trouve donc faux — puisque la passion calme, c'est-à-dire la passion dont l'objet est éloigné ou habituel — et dans ce dernier cas surtout où riiabitude, « en même temps qu'elle diminue Témotion sensible, offre une facilité pour Taccomplisscment de l'acte » — la passion calme l'emportera presque toujours sur la passion violente.

Selon Hume, on peut dire d'un désir qu'il est raisonnable, non en considération de son objet qui est toujours bon, c'est-à-dire plaisant, mais en considération de notre situation propre par rapport à lui. Le désir sera d'autant plus fort pour nous que le plaisir anticipé sera plus grand. La seule distinction qui pourra être établie au sujet de ces plaisirs devra donc être faite entre les plaisirs qui sont des impressions immédiates des sens et ceux de fierté ou de sympathie. La première de ces deux classes de plaisir doit être considérée comme la cause dernière des seconds. Nous avons vu que nous ne pouvions admettre la distinction de Hume entre le plaisir égoïste et le désir du plaisir d'autrui. Pourrons-nous davantage accorder que le plaisir sympathique motif d'action se confonde avec le désir du <( plaisir en général » ? Lorsque Hume prétend distinguer les passions généreuses, les émotions sympathiques, c'est-à-dire les plaisirs occasionnés par les plaisirs

des autres, de Tamour de soi proprement dit, il équivoque à son tour sur les mots. Ce sont les termes « sympathetic », « générons », qui, répétés à maintes reprises en opposition au mot (( self-lovc » , agissent peu à peu sur Tesprit du lecteur et l'induisent enfin à reconnaître une distinction qui demeure cependant logiquement inexplicable dans le système de Hume. Etant donné le principe fondamental de ce système, que tout désir a pour objet le plaisir, il est inconcevable et contradictoire d'admettre qu'il existe des émotions sympathiques dont nous ayons conscience en tant qu'émotions plaisantes et qui pourtant n'aient pas pour unique objet le plaisir.

Si nous analysons ce « plaisir en général » que Hume propose comme motif général d'action, et qu'il définit « un appétit général pour le bien purement considéré comme tel » nous trouvons que cette définition, d'après sa doctrine, doit être ramenée à une interprétation particulière du plaisir égoïste, qu'elle ne peut être comprise que dans le sens du moi considéré comme sujet à plaire. En effet, il ne peut être question ici du plaisir que doit trouver chacun dans le bien-être général de l'espèce humaine. Hume n'hésite pas à écarter cette hypothèse : (( Il n'existe 'pas dans l'entendement humain de telle passion que l'amour de l'humanité, purement considéré comme tel, en dehors de toute quaUté personnelle, de tout service et de tout rapport à nous-

mêmes*. » II ridentifie tantôt avec n'importe quel désir de plaisir dont la satisfaction est considérée dans la durée, tantôt avec un désir de poutwr sur tous les plaisirs en général, c'est-à-dire un désir d'avoir la libre disposition de tous les plaisirs. Dès lors la différence entre le plaisir en général et les plaisirs particuliers des sens, ou les plaisirs de fierté et de sympathie, ne peut plus subsister, nous Tavons vu, dans l'objet même, mais seulement dans le rapport de cet objet au moi. Et si, pour être intelligible, la théorie de Hume, ainsi que nous l'avons montré, doit admettre implicitement que cet objet est déterminé par la raison, c'est-à-dire par le moi se réalisant, il devra en être de môme dans tous les cas semblables et alors même que le désir sera assez calme, son objet étant considéré dans la durée, pour être appelé amour de soi, à plus forte raison en serat-il de même dans la seconde hypothèse où le plaisir en général n'est plus considéré que comme un désir de pouvoir de plaisir. Le plaisir en général se ramène donc à l'intérêt, et implique en définitive, comme les autres motifs d'actions que nous avons déjà soumis à la critique, la détermination par la raison.

Ayant ainsi terminé l'étude du mécanisme dos divers motifs d'action, il restait encore à Hume à examiner, en quelque sorte, la mise en jeu de ces

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