‹ David Hume: moraliste et sociologueChapitre 2 sur 140 · NOTICE SUR LA VIE DE HUME · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LA VIE DE HUME

impossible d'élever encore mon esprit jusqu'à ce sommet d'aspirations où j'avais auparavant goûté tant de joie ». — « Je m'occupais à me fortifier moralement en réfléchissant sans cesse sur la mort, la pauvreté, la honte, la souflrance et toutes les autres calamités de la vie. Ces réflexions sont assurément très utiles lorsqu'elles se joignent à une vie active, parceque l'occasion présentée avec les réflexions les fait travailler dans l'esprit et l'impressionne profondément; mais dans la solitude, elles ne servent qu'à fatiguer l'esprit, la force de Tintelligence ne rencontrant aucune résistance mais s'épuisant dans le vide comme il arrive à nos bras lorsqu'ils perdent leur point d'appui. Je n'appris pourtant tout cela que par expérience. » — « Je m'occupai à considérer sérieusement comment j'allais procéder dans mes études philosophiques. Je trouvai que la philosophie morale transmise par l'antiquité présentait la même faiblesse que la philosophie naturelle, je veux dire qu'elle est absolument hypothétique et dépend plus de l'invention que de l'expérience : chacun n'y consulte que sa propre imagination pour construire des schèmes de vertu et de bonheur en dehors de toute considération de la nature humaine — dont pourtant toute conclusion morale doit dépendre. De ceci donc je résolus de faire ma principale étude et je considérai que c'était la véritable source d'où je ferais ensuite couler toute vérité, aussi bien en cri-

tique qu'en morale. Je crois que la plupart des philosophes qui nous ont précédés ont été écrasés par la grandeur de leur propre génie et qu'il ne faut guère plus à un homme pour réussir dans ses études que de se débarrasser d'abord de tout préjugé — aussi bien de ses propres opinions que de celles des autres. A tout le moins c'est tout ce dont je puis dépendre pour la vérité de mes raisonnements, lesquels j'ai multipliés à tel point que, dans l'espace de trois ans, je me trouvai avoir noirci d'innombrables cahiers de papiers qui ne contiennent rien autre chose que mes propres inventions*. »

Venu de bonne heure en France, Hume décida de s'adonner exclusivement à la Uttérature. Durant trois années, il composa « le Traité de la Nature humaine )) , qu'il publia à Londres en 1 789. Ce premier ouvrage n'eut aucun succès : l'auteur écrit lui-même dans l'histoire de sa vie qu'cc il sortit mort-né de l'imprimerie ». Sans se laisser abattre par ce premier échec, il se remit au travail et pubUa à Edimburgh, en 174 1 , la première partie de ses « Essais », qui rencontrèrent un meilleur accueil.

En 1740, Hume fait la connaissance d'Ad. Smith, alors âgé de 17 ans et étudiant à l'Université de Glasgow.

Nommé précepteur du duc d'Annondale, puis aide

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