‹ David Hume: moraliste et sociologueChapitre 23 sur 140 · I. Vol. IV, p · texte numérisé non relu

I. Vol. IV, p

78 LA PHltOSOPHIE TIIÉORIQIE

grandeur d*âmc de nos ennemis mêmes, dont les récits ou les actes nous émeuvent généreusement et de la façon la plus évidemment désintéressée puisque, en certains cas, ces actes peuvent nous être défavorables ou nuisibles, prouvent suffisamment qu'il existe, à l'origine des actions liumaincs, autre chose que la fonction d'un instinct égoïste, qu'un inéluctable calcul d'intérêt.

L'utilité est donc agréable en soi et elle entraîne notre approbation nécessairement et a priori. Il nous reste maintenant h voir en quoi et à qui une chose peut être utile d'après cette définition. Mais nous venons de démontrer qu'elle ne pouvait l'être seulement à l'individu, il faudra donc qu'elle le soit à autrui dans le môme temps, c'est-à-dire à ceux dont lecaraclere ou l'action approuvés servira les intérêts sous une même condition : d'où il suit que ce caractère ou cette action, bien qu'extérieurs à nous, ne nous sont jamais totalement indiderents.

A l'aide de ce principe nous allons maintenant pouvoir découvrir un nouveau critère de valeur morale pour toutes les actions humaines.

(( li'ulililé est un moyen, une tendance à une fin déterminée : et c'est se contredire dans les termes (pied'aflu'nierque cpiehpie chose nous séduit comme mojen, lor8([ue la fin al tendue ne nous louche en aucune numière. Si l'utilité est une source de sentiments moraux et s'il est prouvé cprelle peut exister

en dehors de rinléretparticujier, il faudra bien accorder que toute chose qui contribuera au bienêtre de la société, se recommandera directement à notre approbation et à notre bonne volonté. C'est là un principe qui doit entrer largement en ligne de compte dans la recherche de l'origine de la Morale. Et qu'avons-nous besoin de nous attacher à des systèmes abstraits quand celui-ci nous apparaît si

proche et si naturel? » *.

L'individu est donc heureux par une sorte de réflexion et en participation du honheur du plus grand nombre. Nous pouvons surtout reconnaître ce fait dans la communion d'idées qui s'établit entre des individus réunis, dans ce que Ton a appelé « l'esprit des foules ». Chaque fois que nous entrons en contact avec une agglomération quelconque d'individus, nous jouissons de ses joies, nous souffrons de ses peines : il se forme aussitôt un esprit de synthèse qui domine la masse et qui est la manifestation imposante d'une morale forte, dont participe, à son insu, chacune des unités qui la compose.

C'est ainsi que, au théâtre, nous nous subjeclivons la vie des personnages en scène, nous nous attribuons les caractères fictifs qui nous sont présentés, nous espérons et nous craignons avec le héros du poète ; et si quelque événement contrarie

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