I. Vol. IV, p
Conclusion.
(( On peut être justement surpris qu'il nous ait paru nécessaire de prouver, par des raisonnements ardus, cette vérité si simple, à savoir que le mérite personnel consiste rigoureusement et entièrement dans la possession de qualités mentales utiles ou agréables soit à l'individu même qui en est doué, soit à autrui. On se serait attendu à ce qu'un tel principe se fût imposé de tous temps aux chercheurs de morales, même parmi les plus grossiers et les plus inexpérimentés, et qu'ils Feussent admis à titre de postulat, fort de sa propre évidence, sans qu'il fût besoin de recourir à aucune augmentation ou discussion. Tout ce qui, d'une façon ou d'une autre, a quelque prix à nos yeux, entre si naturellement dans l'une des deux classes de Y utile ou de V agréable, qu'il semble presque inconcevable que nous puissions nous aventurer au delà et considérer la question comme une matière à d'aimables recherches ou à de séduisantes hypothèses. Et, puisque toute chose, utile ou agréable, doit posséder cesdeux qualités soit pour l'agent soit pour autrui, la description ou déUmitation rigoureuse du mérite moral semble donc déterminé d'une façon aussi manifeste et aussi naturelle que l'ombre du chêne se trouve projetée à terre par le soleil ou que son image est réfléchie dans l'eau. D'où nous sommes en droit
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de conclure que, dès lors qu'une théorie si simple et si évidente a pu si longtemps être méconnue, les sophismes et les hypothèses ont perverti notre intelligence naturelle, ont obscurci notre aperception morale » '.
Dans la vie pratique, ces principes sont toujours, et pour ainsi dire spontanément, observés. Nous ne possédons pas d'autre critère, lorsque nous voulons faire l'éloge ou la satire du caractère d'un individu, que le plus ou moins d'utilité ou d'agrément de ses actions. Et comme ce caractère d'utilité ou d'agrément est universellement reconnu et accordé, il y aura consentement et entente de tous sur le mérite et le démérite, et conséquemment sur le bien et le mal, toutes les fois que les hommes jugeront des choses avec leur raison pure, c'est-à-dire dégagée de parti pris, d'illusion mensongère de superstition et de fausse religion.
C'est donc au moyen de ce critère que nous pourrons reconnaître et dénoncer les fausses vertus qui vont contre la nature et qui font violence à la vie. Nous devrons ainsi tenir pour ridicules et mauvaises les pratiques d'ascétisme ou de mysticisme des moines, parce que ces pratiques n'avancent pas la fortune de celui qui les met en usage, parce qu'elles ne font de lui en aucune façon, un membre plus