CHAPITRE II
Examen critique.
Avant d'entreprendre la critique de celte morale spéculative, il convient d'écarter d'abord une objection extérieure, pour ainsi parler, qui a été formulée par J. H. Burton, et reprise par Kant puis, plus récemment, par M. Gompayré, et qui consiste à reprocher à Hume d'avoir trop généralisé la vertu, de n'avoir point nettement établi la distinction entre celle-ci et ce qu'on est convenu d'appeler le talent, enfin de n'avoir pas prévu les conséquences pratiques du système.
« En admettant comme principe démontré que chacun est d'autant plus vertueux qu'il fait peu de bien au genre humain et vicieux d'autant qu'il y manque, il semble qu'on doive en déduire nécessairement qu'aucun homme ne pourra s'élever bien haut dans la vertu à moins qu'il ne surpasse déjà ses contemporains pour les dons de l'esprit; car s'il ne possède les derniers, il sera incapable de discerner quelles sont ou ne sont pas les actions qui doivent avoir pour conséquence le bien de l'humanité*. »