I. Burton, Life and Corr. of Hume, I, p
IIO LA PHILOSOPHIE THKORIOl E
FuCS hommes iiepouiTontclonc être véritablement des êtres moraux qu'autant qu'ils seront d'esprit cultivé, polis par l'éducation. Ce que Hume nomme vertu n'est la plupart du temps que qualité de bonne société. Si, après avoir admis que « cela est vice qui est nuisible ou désagréable, soit à Tagent, soit à la société », on pousse l'argument jusqu'en ses derniers retranchements, il faudra donc qualifier vices l'ignorance et la pauvreté, la maladie et la laideur, en un mot toute la misère humaine — à moins toutefois que cette misère ne doive être considérée qu'en relation de la vertu, c'est-à-dire comme sorte d'instrument de gymnastique morale, comme une matière offerte aux individus d'un esprit cultivé pour exercer les qualités qu'ils possèdent de naissance.
Telle se présente Tobjeclion. Hume y fait deux réponses.
En premier lieu (quaeslio juris) nous trouvons qu'il s'est maintes fois appliqué à établir que, en aucun cas, le danger des conséquences ne saurait entamer la solidité du système. De ce qu'une proposition est dangereuse aux opinions établies, il ne s'ensuit en aucune façon qu'elle soit nécessairement fausse. Le véritable esprit philosophique ne peut être soucieux que de poursuivre la seule vérité.
(( Il n'y a pas de méthode de raisonner plus répandue et pourtant plus blâmable — que celle qui consiste dans les discussions philosophiques, à s'ef-
EXAMEN CRITIQI E III
forcer de réfuter une hypothèse par la seule considétion du danger que ses conséquences pourraient faire courir à la religion et a la morale. Lorsqu'une hypothèse conduit à Tabsurde, on peut être assuré qu'elle est fausse: mais il n'est nullement certain qu'une opinion soit fausse par ce fait seul que ses conséquences soient dangereuses. De tels arguments devraient être résolument écartés : car ils ne sont d'aucun service pour la découverte de la vérité et sont seulement bons à rendre la personne d,'un adversaire odieux*. »
Hume établit nettement ainsi que c'est un argument rien moins que philosophique que celui (jui consiste à réfuter un système par la considération de ses conséquences. Et il est permis do dire que c'est à tort que l'historien critique de D. Hume, a pu écrire que s'il y a quelque chose dans une série d'opinions qui doive offenser les sentiments de l'espèce humaine, il y a tout lieu de penser que cette série contient un principe qui n'est pas parfaitement sain ^. En s'élevant au domaine de la raison spéculative, il apparaît que le consentement universel ne peut en aucun cas valoir contre la raison : et, à ce point de vue, il peut être affirmé que la masse du public aura toujours tort en face du penseur solitaire.