‹ David Hume: moraliste et sociologueChapitre 32 sur 140 · Vol. IV, app. IV, p · texte numérisé non relu

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prêté, nous trouvons que ces qualités sont résultantes d'efforts constants, conséquemment moraux et d'activités sympathiques et sociales. Si donc elles ne sont pas aujourd'hui considérées comme vertus, on devra peut-être en voir la raison dans ce fait qu'elles sont encore nouvellement nées parmi les hommes. Mais dès qu'on connaîtra, par l'expérience et l'habitude, qu'elles procurent de réels bienfaits — les bonnes mœurs, les relations agréables, la santé, la gaîté, etc., — les moralistes pourront alors leur donner le rang auquel elles ont droit et les classer comme de véritables vertus sociales.

Si, nous plaçant maintenant au point de vue même de Hume, nous examinons sans parti pris la question de fait, nous devrons reconnaître que les conséquences pratiques de son système n'offrent pas un danger tel qu'il a pu le paraître a un premier et superficiel examen.

En effet, ces conséquences se résument dans la reconnaissance d'un droit actuel à l'inégalité sociale. Sans doute il peut sembler audacieux d'affirmer que tous les hommes ne sont pas aujourd'hui égaux devant la morale et que les doctrines égalitaires sous quelque forme qu'elles se présentent, ne sont, pour le présent et, sans doute, pour longtemps encore que des « idola theatri ». Sans entrer ici dans des considérations qui nous entraîneraient bien au delà des limites que nous nous sommes tracées, il est

Lecuartier. s

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permis de remarquer que si Ton admet avec Hume, aussi bien qu'avec Spinoza, Leibniz, Malebranche et tant d'autres, — que la perfection est la fin de la morale et Tintelligence le principe de la perfection, on devra reconnaître aussi que l'égalité humaine devant la morale ne pourra exister que dans le degré de perfection, c'est-k-dire dans le degré de développement de l'homme en tant qu'être raisonnable, en tant qu'intelligence.

En conséquence, et quel que soit le but à venir oii tend l'humanité, Hume est bien fondé à dire que l'égalité morale ne peut être actuellement considérée que comme une forme de langage. Car nous avons toute raison de croire qu'il ne peut exister deux intelligences humaines qui soient d'un développement moral rigoureusement égal : et, cette égalité fût-elle même d'ailleurs, nous ne possédons aucune jauge morale qui nous permette de la mesurer, aucun critère qui nous confère le pouvoir de le reconnaître, le droit de l'affirmer.

Il n'est donc pas plus illégitime de faire des classes naturelles et d'admettre aujourd'hui une hiérarchie parmi les hommes que de reconnaître qu'il existe des genres et des espèces parmi les vivants inférieurs. Si des distinctions entre les êtres de l'espèce animale ont pu être justement établies d'après les différences qu'offrait leur constitution interne, il sera également juste de prendre en considération la véritable

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constitution interne des hommes, c'est-h-dire l'entendement, et d'établir aussi de véritables classes parmi eux, suivant la tendance et le degré de développement de cette constitution. Il faut reconnaître enfin que tous les hommes ne sont pas actuellement frères par Tintelligence, qu'il y a des catégories de personnes aussi tranchées, aussi ennemies que les espèces et les genres naturels et que, suivant l'expression de Leibnitz, il existes d'innombrables « échelles de génies » entre la matière et Dieu.

Cette première objection étant écartée il nous reste à examiner la valeur du critère proposé par Hume comme la pierre de touche de la moralité pour les diverses actions humaines.

La question s'était posée dans la morale de Locke ; le mot « bien » étant synonyme du mot « plaisir », comment pourrait-il exister entre les biens autre chose qu'un rapport quantitatif .►^ Quelle règle nécessaire permettrait de décréter les uns moraux, les autres immoraux? Pour Locke, le critère de la moralité devait être trouvé dans l'accroissement du plaisir dû à l'intervention d'une loi, en tant que cette loi s'opposerait aux spontanéités naturelles. Mais nulle part en sa doctrine n'était expliquée la possibilité d'un plaisir engendré par la résistance au plaisir : il devait se borner à considérer comme accordé ce passage du plaisir a l'obéissance d'une loi, cette reconnaissance plaisante d'une obli-

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gation qui s'opposait aux sollicitations des désirs naturels.

En acceptant les principes de Locke, Hume devait donc s'efforcer de résoudre logiquement cette antinomie fondamentale. Il lui fallait: i° établir Texistence d'une loi, 2° concilier le plaisir individuel avec Tobéissance à cette loi en montrant que dans cette soumission, le plaisir pouvait rester et restait en fait le seul motif dé l'agent.

En premier lieu^Hume devait écarter toute explication fondée sur une intervention divine, sur une sorte d'harmonie préétablie entre le plaisir et la conformité d'une action à une loi extérieure et qui aurait fait l'action « bonne dans son essence ». Comprenant la contradiction entre une semblable proposition et les principes de son système, Locke avait tenté d'expliquer le plaisir ainsi défini par la satisfaction résultant de l'espérance d'un plaisir dans l'autre monde. Cette explication demeurait rigoureusement incompréhensible dans une théorie purement empirique : Hume Ta nettement reconnu. S'étant refusé ù admettre l'intervention de la raison humaine comme motif d'action, à plus forte raison devait-il s'opposer a reconnaître empiriquement une raison supérieure et dont aucune expérience ne pouvait rendre compte. Il répudie nettement toute définition du plaisir autre qu'une résultante d'impression sensible et il éloigne définitivement toute explication métaphysique.

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c( Ce sont là, dit-il, des mystères, que la pauvre raison humaine, livrée à ses propres forces, est incapable de résoudre. A quelque système qu'elle veuille se rattacher, elle se trouvera empêtrée, dès labord, en un inextricable tissus d'erreurs et de contradictions — et ceci davantage encore à chaque pas nouveau qu'elle tentera dans cette| voie. Heureuse si, consciente de sa témérité, après s'être vainement penchée sur ces insondables mystères, elle quitte enfin une scène si pleine de doutes et de décevantes ironies pour retourner, avec la modestie qu'elle n'aumit point dû quitter à son domaine propre, l'étude de la vie, qui fournira toujours ample matière à toutes ses recherches, sans qu'il lui soit besoin de s'aventurer sur l'Océan sans limites du Doute, de rinccrlitudc et des Contradictions \ »

Nous avons vu que Hume trouvait le critère de la morale dans le plaisir excité par un objet « considéré en général en dehors de tout rapport à notre intérêt particulier ». La vertu est un plaisir résultant de la considération des actions, des sentiments, des caractères, et engendré chez le spectateur par celte simple considération. La vertu se ramène ainsi à une sensation mais à une sensation particulière.

(( Nous n'inférons pas, de ce qu'un caractère

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