‹ David Hume: moraliste et sociologueChapitre 33 sur 140 · I . Vol. IV, p · texte numérisé non relu

I . Vol. IV, p

Il8 LA PHILOSOPHIE THEORIQUE

nous plaît, qu'il soit vertueux : mais en sentant qu'il plaît d'une manière particulière, nous sentons effectivement qu'il est vertueux*. »

Si nous examinons plus attentivement ce que signifie cette « manière particulière », nous trouvons qu'elle s'identifie avec un plaisir sympathique ou sentiment « d'humanité », éprouvé par le spectateur du plaisir d'un autre, et qui serait différent de l'anticipation du plaisir résultant de ce plaisir rapporté par l'agent à lui-même* Suivant Hume, ce qui fait la moraUté de cette sympathie particulière c'est la considération de ses tendances générales ou la généralisation de ses rapports (gênerai tendancies) ; la sympathie ne devient morale qu'autant que le plaisir de l'acte qui en est l'objet est rapporté à un caractère ou à un sentiment utile ou agréable, généralement et de façon permanente, soit à l'agent, soit à autrui. Cette appréciation particulière qui constitue le critérium de la moralité est constante chez tous les individus.

En tout cet exposé, Hume fait une savante confusion entre un sentiment de plaisir ou de souffrance et la connaissance des conditions de sensation de ce plaisir ou de cette souffrance. Le critère de la morale est, pour lui, une sympathie ayant des « tendances générales » c'est-à-dire se rapportant a

i. Nol. Il, p. 238.

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un plaisir qui peut ne pas être actuellement senti, puisque cette généralisation, n'étant pas contenue dans l'impression, demeure inexplicable. Il ne s'inquiète nulle part d'établir ce que peut être, dans une doctrine empirique, cette sympathie pour un plaisir non senti. Les mots « particular manner » sur lesquels repose la possibilité de fonder le sentiment d'humanité comme critère moral demeurent donc sinon incompréhensibles, au moins logiquement inexpliqués.

Ainsi fondé sur une symphatie particulière ou sentiment d'humanité, le critère de la morale est encore sans unité : il dépend de l'appréciation individuelle du caractère et du milieu de chacun. Suivant Hume, pour réaliser cette unité et « corriger les perpétuelles contradictions auxquelles nous sommes exposés, nous déterminons des points de vue généraux et assurés auxquels nous nous reportons toujours dans notre pensée, quelle que soit notre situation actuelle ». Cette explication est inconséquenle dans une théorie empirique. Puisque « toute appréciation morale vient de la sensibilité)), c'est-à-dire du plaisir, aucune impression ne viendra nous forcer à envisager autre chose que notre plaisir propre. Pour que nous puissions nous rapporter sans cesse a ces (( points de vue généraux )) il faudrait donc que déjà ils existassent avant cette impression sensible qui n'a pu les faire naître. Et, s'ils existaient, ce ne pou-

vait être qu'en dehors de Fexpérience sensible. De cette existence objective, la théorie purement empirique de Hume ne saurait rendre compte. Suivant une marche inverse, dans son « Inquiry on the principles of moral », Hume a d'abord considéré comme accordé que Tentente existait universellement sur ce qu'on doit entendre par les termes de « bien » et de (( mal ». Puis, de la constatation de cette entente, il a voulu remonter aux principes, qu'il a trouvés dans l'intérêt et le sentiment d'humanité. De la possibiHté de concilier ces principes avec ceux de son premier système hédoniste il ne s'est plus occupé, mais il s'est borné à reconnaître leur réalité dans une sanction d'approbation ou de désapprobation — sanction qui se confond elle-même dans l'antinomie précédemment examinée.

Il nous reste maintenant à examiner ce que sont le devoir et là vertu dans la théorie de Hume.

(( Aucune action ne peut être vertueuse ou moralement bonne que si elle est produite par quelque motif distinct du sens de sa moralité*. »

« La vertu consiste dans toute action de l'entendement ou toute qualité qui éveille chez le spectateur le sentiment agréable de sympathie, d'approbation ^ » Ce qui rend un acte vertueux, c'est donc le plaisir qu'il excite chez le spectateur désintcrcssr

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