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soustraire. Si pourtant il venait à considérer qu'un plus grand bonheur devrait résulter pour lui de l'observance de la convention plus forte, aucune considération morale ou légale ne pourrait l'empêcher de chercher à acquérir par tous les moyens possibles, son intérêt étant, en ce cas, la seule mesure de son devoir. Par là le vol, l'assassinat deviendraient non seulement excusables mais rigoureusement obligatoires pour ceux qui ne posséderaient pas, pourvu toutefois qu'ils n'entraînassent aucune peine s'opposant à leur plus grand bonheur, c'est-à-dire qu'ils fussent accomplis avec une adresse suffisante pour les soustraire à toute représaille, à tout arbitraire du plus fort. Hume reconnaît et admet cette conséquence de son système. Nous avons vu qu'il se bornait à répondre que celui qui agirait ainsi « cessant de jouir de l'estime de lui-même, devrait être considéré comme un malheureux par tous ceux qui considèrent l'approbation de la conscience comme la condition de la paix intérieure ». Nous avons suffisamment montré que cette expUcation était encore inadmissible puisque l'individu, ayant réussi à se placer dans des conditions plus favorables de bonheur, devrait, par là même et à son point de vue propre, avoir acquis plus de droit à l'estime de lui-même.
D'ailleurs, mcmeainsi posées, la justice et l'obligation n'ont encore rigoureusement aucun caractère moral, (^cqui, suivant lluine, leur donne ce carac-
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tèrc, c'est (( un sentiment de plaisir éprouvé communément par tous les individus de Tespèce humaine * » au spectacle de Tobservance de leurs rites. L'individu d*abord conduit à la soumission aux règles de justice par simple considération d'intérêt ne larde pas à perdre de vue ce premier motif. « Quand la société s'est étendue, forme une tribu ou une nation, le motif d'intérêt particulier apparaît plus éloigné ; les individus ne perçoivent plus si aisément que le désordre et la confusion soient les résultantes immédiates de chaque forfaiture à la justice, ainsi qu'ils pouvaient le constater alors qu'ils faisaient partie d'une société plus restreinte. Mais bien que, dans nos propres actions, nous puissions fréquemment perdre de vue cet intérêt que nousavons à maintenir l'ordre, pour en suivre un de moindre importance mais plus actuel, nous ne manquons jamais de remarquer le dommage que nous recevons, médiatemcnt ou immédiatement, de l'injustice des autres, quand nous ne sonnues ni aveuglés par la passion, ni détournés par une tentation contraire. Et, alors môme que l'injustice est trop éloignée de nous pour aflccter en quoi que ce soit nos intérêts, elle nous déplaît pourtant encore, parce que nous la considérons préjudiciable à la société humaine et funeste à tous ceux qui approchent l'individu qui