I. ()/ ,i!„tol prfjudkes, V. m. p. 5i
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(( pyrrhonisme de parli-pris » qu*on a généralement, et le plus souvent à torl\ reproché à sa doctrine. Cette tendance dogmatique et positive est plus vivement encore mise en lumière dans le récit suivant, d'une exquise saveur littéraire, qu'il suppose lui avoir été fait par un Parisien de ses amis et qu'il cite ce comme un exemple qui doit montrer qu'il ne faut jamais trop s'éloigner des maximes de conduite généralement admises, pour se livrer à une recherche trop raffinée du bonheur et de la perfection ».
(( Une jeune fille de bonne naissance et de grande fortune ayant été laissée entièrement à elle-m?mc, persista longtemps dans une résolution prise de mener une vie solitaire en dépit de nombreuses et avantageuses offices qui lui avaient été faites. Elle avait été conduite à prendre ce parti en observant la quantité de mariages malheureux de ses connaissances et en écoutant toutes les doléances de ses amies sur la tyrannie, l'inconstance, la jalousie ou l'indifférence de leurs maris. Etant femme de résolution et audessus des préjugés et se sachant d'ailleurs incapable d'aucune faiblesse qui pût la faire changer d'opinion, elle ne trouva aucune difficulté a former son plan de conduite, ni à s'y tenir. Elle avait eu cependant un vif désir d'avoir un fils, dont l'éducation aurait été le principal objet de sa vie et aurait tenu pour elle
I. Cf. Gompayré, La philosophie de HumCt 458 et suiv. et Huxley, Hume.
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la place de toutes les autres passions auxquelles elle voulait renoncer à jamais. Sa philosophie devint si large qu'elle ne trouva bientôt plus qu'il y eût contradiction entre ce second désir et sa première résolution ; et elle chercha en conséquence, parmi ses relations mâles, riiomme dont le caractère et la personne pourraient lui être agréable, sans toutefois la satisfaire de ce seul chef. Enfin se trouvant un jour dans une maison, elle voit, dans le jardin, un jeune homme de l'apparence la plus engageante en même temps que d'une tenue modeste. Elle sent aussitôt naître en elle la meilleure disposition en sa faveur ; elle reconnaît que c'est là celui qu'elle a si longtemps et vainement cherché. Elle n'hésite donc pas à lui dépêcher une servante pour le prier de se rendre chez elle dès le lendemain matin. En recevant une semblable annonce de la part d'une femme de telle beauté, de telle réputation et de telle qualité, le jeune homme ne put dissimuler sa joie. Pourtant, il eut quelque désappointement lorsqu'il se trouva en face d'une raisonneuse qui se plut à discourir avec lui, mais ne voulut lui laisser prendre aucune liberté. Elle lui dit qu'elle désirait entretenir des relations d'amitié avec lui et qu'elle aurait plaisir à le recevoir chaque fois qu'il aurait des loisirs. Comme, de son côté, il avait été si frappé de sa beauté et de son esprit qu'il se sentait déjà au désespoir de devoir la quitter, il n'eut pas besoin qu'on lui renouvelât Tin-
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vitation. Mais chaque entretien ne servit qu'à enflammer davantage sa passion en lui donnant plus d'occasion d'admirer sa personne et son intelligence en même temps que de se réjouir de sa propre chance. Pourtant il n'était pas sans crainte lorsqu'il venait à considérer la disproportion de leur naissance et de leur fortune ; et son anxiété ne faisait que croître lorsqu'il réfléchissait sur la manière extraordinaire dont avaient commencé leurs relations. Notre ((intellectuelle )), de son côté, ayant reconnu que les qualités personnelles de son amoureux n'étaient point inférieures à ce que promettait son apparence, jugea qu'il n'y avait pas lieu de faire durer l'épreuve davantage et saisit la première occasion de lui faire part de ses intentions. Leurs relations continuèrent quelque temps, jusqu'à ce qu'enfin elle devînt mère d'un garçon qui devait être, suivant ce qu'elle avait décidé, l'objet unique de toute sa vie à venir. Elle eût volontiers continué à recevoir le père comme un ami ; mais le trouvant trop passionné pour pouvoir rester dans des termes purement amicaux, elle fut obligée de se faire violence et lui envoya une lettre de rupture à laquelle elle joignit un titre de rente de mille couronnes. Après le premier moment de désespoir et ayant mis vainement tout en œuvre pour la reconquérir, il se décida à l'attaquer par son côté faible. Il vient donc de lui intenter un procès pour lui réclamer son fils qu'il prétend avoir le droit
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strict d'élever suivant ses idées, selon les termes mômes de la loi en cette matière. De son côté, la dame plaide le contrat très précis avant toute relation et prétend que, par ce contrat, il a renoncé à tout droit sur tous les rejetons qui pourraient naître de leurs relations. Il n'est pas encore connu ce que la Cour décidera dans ce cas extraordinaire et qui embarrasse tous les philosophes aussi bien que tous les légistes. ))
Ilumc considère la « station moyenne de la vie » comme la plus propre à donner le bonheur, puisqu'elle est aussi la plus propice à développer le goût de la philosophie et de la moralité chez ceux qui savent s'y tenir. « Les grands sont trop plongés dans le plaisir et les pauvres trop solicités par les nécessités matérielles de la vie pour pouvoir prêter l'oreille à la calme voix de la raison. Un homme dans une situation moyenne, au contraire a tout loisir de jouir de son propre bonheur et de l'augmenter encore en le comparant avec celui de tous ceux placés au-dessus et au-dessous de lui. La station moyenne peut être recommandée comme celle qui confère le plus de sécurité pour l'exercice de la vertu : et je puis ajouter aussi qu'elle donne le plus d'occasion pour l'exercer et fournit emploi à toutes les bonnes qualités que nous sommes susceptibles de posséder. Ceux qui sont placés dans les plus basses classes de l'humanité ont peu occasion de pratiquer d'autres
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vertus que celles de patience, de résignation, d'industrie et d'intégrité. Ceux qui occupent les premiers rangs ont pleine liberté de manifester leur générosité, leur humanité, leur alTabilité et leur charité. Mais celui qui se trouve entre ces deux extrêmes peut faire preuve des premières qualités envers ses supérieurs et des secondes envers ses inférieurs. Toute qualité morale, dont Tâme humaine est susceptible, peut donc avoir son tour et être mise en pratique; et l'homme qui vit en cette situation peut être beaucoup plus sûr de ses progrès dans la vertu que lorsque ses bonnes qualités sommeillent ou sont sans emploi. »
Bien qu'il réduise généralement toute la vie pratique à l'exercice des vertus généralement reconnues, Ilume s'élève toutefois contre la croyance commune au premier devoir d'existence et de conservation. C'est non seulement le droit, mais le devoir de destruction qu'il a sans cesse soutenu et qu'il a exposé plus particulièrement dans la dissertation célèbre sur le suicide * .
Ayant admis que le plus sérieux avantage de la philosophie était l'antidote qu'elle apportait à la superstition et à la fausse religion, Hume démontre
I. Cette dissertation, parue en 1757, eut alors un grand retentissement et souleva l'indignation publique contre son auteur. Elle fut rééditée en 1788 et l'éditeur crut devoir la faire suivre de « remarques destinées à agir comme antidote contre le poison contenu dans l'ouvrage ».
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que la croyance au devoir de vie est, en fait, une superstition et, conséquemment, ne doit trouver aucun crédit auprès des philosophes et des gens raisonnables. La honte que Ton a attachée au suicide est faite d'une crainte d'offense envers le créateur, concomitante avec une timidité naturelle de tout A'ivant en face de la mort.
(( Si grande est notre horreur de la mort que quand elle se présente sous n'importe quelle forme, autre que celle à laquelle l'homme s'est efforcé de se réconcilier par l'habitude, elle s'enveloppe de nouvelles terreurs et surmonte son faible courage*. >) Ainsi la première condition de la répudiation du suicide est une timidité honteuse, l'expansion de la lâcheté naturelle de l'homme qui a toujours et de tout temps été considérée comme un vice ; d'où il suit que le prétendu devoir d'existence est une inconséquence morale.
Hume considère ensuite le suicide à un point de vue plus général. S'il est acte criminel, il doit être une transgression des devoirs de l'homme soit envers Dieu, soit envers autrui, soit envers lui-même.
1. — Pour connaître en quoi le suicide peut être contraire a nos devoirs envers Dieu, il faudrait commencer par admettre que nous puissions agir contre les lois générales qu'il a établies et contre notre des-