‹ David Hume: moraliste et sociologueChapitre 45 sur 140 · I . Vol. IV. p · texte numérisé non relu

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tinée. Or, si les lois générales se trouvent jamais violées par des volontés particulières, c'est en une manière qui échappe totalement à l'observa tlon humaine.

Nous voyons que ces lois générales gouvernent les actes les plus infimes dans le monde. 11 ne nous viendrait pas à l'idée qu'aucun élément de la matière pût échapper aux lois du mouvement. Pour quel motif admettrions -nous donc que l'homme put échapper à ses sens et à ses passions qui sont les lois ou pouvoirs corporels et mentaux qui le gouvernent dans toute la course de A'ie à laquelle il a été destiné? Comment croire que celui qui, pourchassé par la souffrance et la misère, surmonte bravement toutes les terreurs de la mort et s'échappe de cette cruelle scène, empiète par là sur le service de la Providence et trouble l'ordre de l'Univers ? 11 faudrait donc alTirmer que la vie et la mort des hommes soient contingentes et hors de la volonté divine : mais, en ce cas, l'homme ne saurait offenser Dieu en disposant librement de ce qui lui appartient en propre. Si, au contraire, ainsi qu'il le paraît, la vie humaine ne fait pas exception dans les événements de l'I nivers, elle devra être soumise auv mêmes lois qui régissent celles des animaux, c'est-à-dire aux lois générales de la matière et du mouvement. L'acte de disposer de sa propre vie ne sera donc pas plus criminel que tout autre acte qui paraîtra s'opposer aux opérations

l/l/l PHILOSOPHIE PUATlQrE

de la nature : car il laiulrait, à ce lilre, dt^clarer mauvais tout elTel el loule pensée humaine puisque (( chaque aclion, chaque mouvement d\in homme met en branle Téquihbre de queUpies parties de matière el détourne de leur course ordinaire les lois générales du mouvement* ».

Si nous admettons pour un instant que le fait de disposer de sa vie s'oppose h la volonté de Dieu, il nous faudm donc reconnaître n'ciproquemcnt que tout eflbrt pour conserver celte vie sera également criminel. Que si, par exemple, je détourne de sa course une pierre qui doit tomber sur ma tèlc et l'écraser, je trouble les lois de la nature en altérant relTet de la cause» el jVmpicle sur le domaine que s'est réservé le Tout-I^uissunt, puisque je prolonge ma vie au delà des limites qu'il lui a assignées par ces lois générales de matière et de mouvement. \insi mon acte est, moralement et logiquement, d'une valeur rigoureusement égale à celle de l'acte contraire par lequel je disposerais de cette vie qui m'aurait été confiée.

Le suicide ne peut davantage Hve considéré comme mauvais par la raison (pie la vie humaine serait do lelle importance dans Tordre de la nature que ce serait trop présumer de la sagesse humaine que d'en disposer. La vie de l'homme n'est pas de

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