‹ David Hume: moraliste et sociologueChapitre 48 sur 140 · I. Vol. IV, p · texte numérisé non relu

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fin de compte de la superstition qui méconnaît Tenchaînement des causes naturelles et Tinviolabilité de Tordre divin, ce Vous êtes placé dans le monde, dit-on, par la Providence comme une sentinelle dans un poste particulier et, si vous désertez ce poste sans en avoir été rappelé, vous vous rendez coupable de rébellion envers votre Souverain Tout-Puissant : et, par là, vous encourez sa désapprobation.

(( Je demande pourquoi et d'où vous concluez que la Providence m'a placé dans ce poste particulier. Pour ma pari, je trouve que je dois ma naissance à une longue chaîne de causes, desquelles, la plupart dépendaient d'actions particulières des hommes.

« Mais, direz-vous, la Providence guidait toutes ces causes; car rien n'arrive dans l'Univers sans son consentement et sa coopération.

(( Si donc il en est ainsi, ma mort non plus, quelque volontaire soit-elle, ne saurait arriver sans son consentement ; et, si jamais la souffrance ou la douleur physique a surmonté ma patience au point de me rendre la vie à charge, je suis donc en droit den conclure que je suis rappelé de mon poste de la façon la plus claire et la plus formelle. Après ma mort, les principes desquels je suis composé feront encore leur partie dans l'Univers et seront utiles dans la Fabrique universelle au même titre que lorsqu'ils composaient cette créature individuelle. Il n'y

aura pas, à ce point de vue, plus de diflérence que lorsque je suis dans ma chambre ou lorsque j'en suis sorti. C'est une sorte de blasphème d'imaginer qu'un être créé quelconque puisse troubler Tordre du monde ou empiéter sur le domaine de la Providence : car cela suppose que cet être possède des pouvoirs ou facultés qu'il n'a pas reçus de son Créateur et qui ne sont pas subordonnés au gouvernement et à l'autorité suprêmes * . »

II. — Ayant ainsi écarté toute idée d'offense à Dieu, dans l'acte de disposer de sa propre vie, Hume examine si le suicide peut être considéré comme une forfaiture aux devoirs envers la société.

Tout homme qui décide de se retirer de la vie ne cause aucun préjudice réel aux autres hommes ; il cesse seulement de leur faire du bien. Dans quelles limites a-t-il droit à cette abstention ? Hume rappelle que toutes nos obligations envers la société résultent d'un contrat tacite entre l'individu et cette société, et qui implique réciprocité. L'individu n'est donc tenu de faire du bien à la société dont il fait partie qu'autant que cette société peut le payer de retour. Mais dès lors qu'il se soustrait à toute attente de bien de la part de ses co-humains, à positions égales, il se libère par là même de tout devoir envers eux. A plus forte raison si la société est

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