‹ David Hume: moraliste et sociologueChapitre 63 sur 140 · I. Ibid., p · texte numérisé non relu

I. Ibid., p

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ainsi les premiers principes républicains qui bientôt devaient être reconnus et affirmés ailleurs.

(( Les démocraties sont turbulentes : car quoique le peuple puisse être séparé ou divisé en petites parties, soit pour les élections, soit pour délibérer des affaires de la République, le voisinage des habitations dans une ville rendra toujours très sensible la force des torrents populaires. Les aristocraties conviennent mieux à la paix et à Tordre et, conséquemment ont été plus admirées par les anciens auteurs : mais ces avantages sont contrebalancés par la jalousie et l'oppression qu'elles exercent. Dans un gouvernement habilement et fortement constitué et établi, il y aurait assez de facihté pour perfectionner la démocratie dans les classes les plus basses, qui seraient admises aux premières élections en vue de la première composition de la République, jusque parmi les plus hauts magistrats, qui en dirigeraient tous les ressorts. En même temps, les diverses parties en seraient si distantes et éloignées qu'il serait très difficile, soit par intrigue, par préjugé ou par passion, de les précipiter dans les mesures contre l'intérêt public.

(( Il est inutile de rechercher si un pareil gouvernement serait immortel. Je reconnais la vérité de cette exclamation du poète sur les projets sans fin de la race humaine a Homme ei pour toujours y>. Le monde lui-même, probablement, n'est pas immortel. Il peut advenir de tels désastres qui feraient du plus parfait

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gouvernement même une faible proie pour ses voisins. Nous ne savons pas à quels excès de désordre et à quel mépris du bien public Tenlhousiasme ou tout autre extraordinaire mouvement de Tesprit humain peut porter les hommes. Quand cesse la différence d'intérêts, la faveur ou Tinimitié font naître les factions les plus capricieuses, les plus incompréhensibles. La rouille peut alors s'attacher aux ressorts les plus exacts de la machine politique et le désordre s'ensuivre dans tous ses mouvements. Enfin de grandes conquêtes, si elles sont ininterrompues, causent nécessairement la ruine de tout gouvernement libre ; et plus tôt encore du gouvernement le plus parfait que du plus imparfait, à cause précisément des avantages que le premier possède sur le second. Et bien qu'un pareil Etat dût établir une loi fondamentale contre les conquêtes, cependant les Républiques comme les individus ont leur ambition, et l'intérêt du moment fait oublier aux hommes celui de l'avenir. C'est un encouragement qui doit suffire aux efforts humains qu'un pareil gouvernement florisse durant plusieurs siècles, sans prétendre donner à aucune œuvre de l'homme cette immortalité que le Tout-Puissant semble avoir refusée à ses propres ouvrages mêmes * . »

I. Ibid,, p. 578. Il est à remarquer que ce dernier passage est en quelque sorte la prévision historique exacte des conséquences de la Révolution française et de l'Empire.

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