CHAPITRE VI
L'Art.
Hume présente, sous la forme la plus séduisante et la plus parfaite, un véritable traité d'esthétique, dans lequel il expose de façon précise les règles générales de l'art et met merveilleusement en lumière les conditions les plus exactes de sa production chez les peuples, de son évolution et de sa dissolution.
La beauté, comme la loi morale, est nécessaire et s'impose à la masse de l'humanité. Le goût ou sens esthétique, de même que le goût moral, est résultante d'une intuition spontanée. Bien qu'il se manifeste de mille manières différentes, il est pourtant soumis à certaines lois générales « et il est naturel de chercher un standard du goût, une règle qui permette de concilier les différents sentiments des hommes ou tout au moins un jugement qui approuve les uns et condamne les autres ». A première vue la découverte d'un tel critère de beauté paraît d'une extrême difficulté, sinon d'une absolue impossibilité. Vouloir découvrir la beauté en soi ou la laideur en soi semble une recherche aussi vaine que celle qui
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aurait pour objet de déterminer la douceur et Tamertume en dehors des sujets sentants. Un même aliment peut paraître doux ou amer suivant Tëtat et la disposition des organes en contact desquels il vient à être placé : il semble qu'il en soit de môme de rimpression des objets extérieurs sur le sens esthétique. (( La beauté n'est pas une qualité inhérente aux choses elles-mêmes ; elle n'existe que dans Tesprit qui les contemple : et chaque esprit perçoit une beauté dilTérente. * » Pourtant il existe une sorte de sens, commun à tous les hommes et qui les fait s'accorder sur certains points. Aucune règle de beauté n'est fixée a priori, mais toutes sont basées sur l'expérience qui est, chez tous les hommes, sensiblement la même. « Leur fondement est le même que celui de toutes les sciences pratiques, à savoir rexpérience ; et elles ne sont rien autre chose que des observations générales concernant ce qui a été universellement trouvé agréable dans tous les pays et dans tous les temps. » La beauté de la poésie et de l'éloquence est indépendante de la vérité; car l'expérience universelle a toujours pris plaisir aux fictions, aux hyperboles et à tous les écarts de l'imagination qui sont pour ainsi dire les conditions de ces arts. Mais bien que la poésie ne puisse jamais être limitée au domaine de l'exacte vérité elle doit