‹ David Hume: moraliste et sociologueChapitre 68 sur 140 · L AUT · texte numérisé non relu

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jugements des hommes est corrélative de quelque défaut ou perversion des facultés qui provient soit des préjugés, soit d'un manque d'études pratiques ou de délicatesse : et c'est l'œuvre de la raison de décider de l'excellence de tel goût, de la faiblesse de tel autre. Mais, en tout jugement, il faudra tenir compte de deux sources de variations et de divergences qui, (( bien qu'elles ne puissent noyer tous les barrages et toutes les canalisations de la beauté et de la difformité », suffisent pourtant à produire une différence de niveau dans nos approbations ou nos blâmes. L'une de ces sources est le caractère particulier de chaque individu : l'autre les coutumes et les opinions du pays et de l'époque.

Ayant fixé ces règles générales du goût chez les individus, Ilume examine les conditions extérieures du développement esthétique des peuples.

Les conditions de développement de l'art chez les peuples semblent d'abord d'une complexité propre à décourager le chercheur. Autant il peut paraître facile de découvrir les causes de progrès du commerce, autant celles de l'évolution artistique semblent obscures et abstruses. « L'accroissement de la population, la nécessité et la liberté ont déterminé l'expansion du commerce de la Hollande ; mais l'étude et l'application n'ont jamais suffi à produire un homme de génie. »

(( Il n'est pas de sujet dans l'étude duquel nous

ig8 PHILOSOPHIE PRATIQUE

devions procéder avec plus de prudence que dans les recherches concernant l'histoire des arts et des sciences, de crainte que nous ne précisions des causes qui n'aient jamais existé et que nous érigions des faits purement contingents en invariables et universels principes. Ceux qui cultivent une branche quelconque de la connaissance sont toujours peu nombreux ; les passions qui les gouvernent sont limitées ; leur goût est délicat et aisément perverti ; leur application se trouble du moindre accident. Le hasard, ou d'autres causes encore secrètes et inconnues, doivent avoir une grande influence sur le développement et le progrès de tous les arts. * »

Il existe pourtant certains faits qui portent à croire que tout dans l'évolution de l'art n'est pas œuvre de hasard. Le premier de ces faits consiste en ce que l'art d'une époque est toujours la conséquence et comme le reflet du caractère et du degré de civilisation d'un peuple. 11 paraît donc logique de penser que le génie de certains individus n'est que l'expression ou la formule d'un esprit antérieurement et confusément répandu dans la masse : Les idées nouvelles sont toujours depuis un certain temps (( dans l'air » d'une époque lorsqu'elles sont précisées par certains individus. Il n'y a pas à proprement parler de novateurs de toutes pièces.

i. III, estais XIV. p. 127.

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