L ART
(( La inullilude de laquelle émergent de pareils génies ne peut ôlre elle-niôme absolument stupide. Il y a an dieu, disait Ovide, qui attise ce feu divin qui nous anime. Les poètes de tous les temps ont montre les mêmes prétentions à l'inspiration. Il n'est pourtant rien de surnaturel dans leur cas et leur feu intérieur n'est en aucune manière allumé par le ciel. 11 court seulement à la surface de la terre, est saisi d'une poitrine par une autre et brûle avec le plus vif éclat où les matérieux sont le mieux préparés et le plus heureusement disposés. ' » Ainsi la question du développement et du progrès des arts et des sciences n'est plus restreinte à l'examen de quelques cas isolés, de quelques individus placés en telles circonstances spéciales, mais a celui de tout un peuple soumis à des lois et à des conditions générales.
(( Une première observation sur ce sujet m'a conduit à reconnaître que la condition primordiale du développement et du progrès des arts et des sciences chez les peuples était la jouissance bienfaisante d'un gouvernement libre. »
Dans le premier état de l'humanité où chacun vil dans l'insécurité et dans la crainte des violences extérieures, l'esprit de l'homme n'est occupé que de la défense et de la conservation de sa vie : il ignore naturellement toute préoccupation de luxe : de même,
I. Cf. la thèse do M. Tanlc sur le péiiio et l'invenlion, Lois sc^ cialesy p. i58-iG3.
un peuple soumis à un pouvoir despotique est un peuple d'esclaves, de qui les prétentions ne peuvent guère s'élever au-dessus des nécessités matérielles de la vie. Une république, au contraire, même encore dans un état rudimentaire, doit tout d'abord et nécessairement créer la puissance de la loi : et la loi fait naître à son tour la sécurité des individus propice aux recherches et à la science. Ces conséquences sont rigoureuses. Et de même qu'une république ne peut durer sans loi, de même aussi la monarchie absolue est le plus souvent opposée à la loi : une très grande élévation de sentiments et une très haute sagesse — qui présupposent une culture raffinée de l'esprit humain — peuvent seules les réconcilier. Mais ces raffinements impliquent déjà cette curiosité, cette sécurité et cette soumission à la justice, que peut seul développer un gouvernement libre.
La seconde observation est « qu'il n'est rien de plus favorable au développement de la culture intellectuelle que le voisinage d'états indépendants entretenant des relations de commerce et d'art ». Caria conséquence de ce voisinage est de maintenir la paix et la sécurité en même temps que de développer une émulation favorable à un génie créateur dans toutes les branches de l'art et de la science. De plus, la division en petits états, qui est favorable au mainlien de la justice par la connaissance rapide de tout acte d'arbitraire, Test aussi au développement intel-