‹ David Hume: moraliste et sociologueChapitre 84 sur 140 · I. Horace, Epître 7, liv. I, et Ode 3, liv. i · texte numérisé non relu

I. Horace, Epître 7, liv. I, et Ode 3, liv. i

Il ne semble pas qu'aucune qualité ait jamais été recommandée comme vertu ou approuvée comme moralité supérieure si ce n'est en raison de son utilité ou de son agrément soit en relation de Vagent luimême, soit par rapport à autrui. En effet quelle autre raison pourrait-on donner des louanges ou de l'approbation ? Que pourrait signifier l'exaltation d'un bon caractère ou d'une bonne action qu'on s'accorderait en même temps à reconnaître comme bon à rien ? Toutes les divergences, en morale, peuvent donc être réduites à cette différence fondamentale et peuvent être prises en considération suivant les points divers d'où les peuples l'envisagent.

Les hommes ne s'accordentpas toujours dans leurs jugements sur l'utilité de quelque habitude ou de quelque action : parfois aussi certaines circonstances particulières rendent une qualité morale plus utile que d'autres et lui confèrent alorsunattraitparliculier.

Il n'est pas surprenant que dans une période de guerre et de désordre, les vertus militaires soient plus en honneur que les pacifiques et s'imposent davantage à l'attention et à l'admiration des peuples. (( Combien il est fréquent, dit Gicéron, de trouver les Gimbriens, les Celtibériens et d'autres barbares qui supportent, avec une parfaite constance, les fatigues et les dangers du champ de bataille, subitement démontés par la souffrance et le hasard d'une indisposition passagère : tandis que, d'autre part, les Grecs,

UN DIALOGl K ^OT)

qui endureiil patiemment les approches de la mort, lorsqu'ils sont armés do la maladie et de la souffrance, fuicn t craintivement sa présence lorsqu'elle les attaque violemment avec des piques et des glaives*. Quelle différence môme n'y a-t-il pas dans la manière d'envisager cette même vertu de courage suivant qu'on se trouve chez des peuples guerriers ou parmi des nations pacifiques I Et nous pouvons sans doute observer que, comme la différence entre l'état de guerre et l'état de paix est la plus importante qui soit parmi les nations et les sociétés, elle produit en même teins la plus grande variation dans le sentiment moral et diversifie plus profondément nos idées de la vertu et du mérite personnel.

Parfois aussi la grandeur d'âme, la largeur de vue, le mépris de l'esclavage, l'inflexibilité dans les principes et dans l'intégrité peuvent convenir davantage à luie époque qu'à une autre at avoir une plus salutaire influence tant sur les affaires publiques que sur la conduite et le progrès des individus. iNotre idée du mérite doit donc varier en même tenqos que ces changements; et c'est ainsi qu'on pourra reprocher à Labeo de posséder ces mêmes qualités qui furent si hautement louées chez (^aton.

Un certain degré de luxe, qui peut être ruineux et funeste chez un Suisse, ne fait que concourir au

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