PSAUMES RELATIFS AUX ÉVÉNEMENTS DE LA VIE DE DAVID
Nous devons ici avertir le lecteur que nous entrons dans le champ des hypothèses. Quand un fait particulier n^est point indiqué dans les titres comme l'occasion du psaume, quand la tradition est muette , les commentateurs en ont ordinairement cherché un, et ils sont loin d'être d'accord quand ils croient l'avoir trouvé. C'est souvent un verset, un mot, une impression de leur esprit qui détermine leurs conjectures. Mais tous sont unanimes en ceci que les psaumes reproduisent l'état d'esprit, les situations tristes ou heureuses de la vie de David et de l'histoire de son peuple. Comme David est excellemment le type figuratif de Jésus-Christ, c'est souvent aussi à Jésus-Christ lui-même qu'ils rapportent les psaumes. L'objet des psaumes, dit saint Thomas, est universel : c'est le Christ et tous ses membres. Materia est universalis : Chrisluset membraejus (1 ),
L'application d'un psaume à un fait particulier, si incertaine qu'elle soit ordinairement, a du moins l'avantage de ne pas s'éloigner de beaucoup de la vérité. La poésie, comme la musique, se rapporte plutôt à l'état d'une àme qu'à la cause contingente de cet état : cet état est la tristesse, la joie , le désespoir, l'espérance, dispositions qui se répètent dans la vie et se reproduisent à peu près identiques dans ses accidents divers.
'!) D. Thomas Aquinat., In psalmos expositio, proncmium.
166 DAVID PSALiMlSTE.
Par nature, la poésie et la musique aiment le vague, et des événements analogues reproduisent un même état des âmes ; l'indication du fait particulier qui lui a donné naissance n'a, selon nous, qu'une importance secondaire. Cependant, pour mieux comprendre le sentiment du poète ou du musicien, il est bon d'appliquer le chant à un fait déterminé et correspondant à un état mental dont il est l'expression. Un fait bien choisi a l'avantage de rendre l'esprit plus attentif et de noter le sentiment du psaume. Nous avons adopté cette méthode des commentateurs , en faisant remarquer son côté conjectural (1).
Psaume LVII.
Si vere iilique justitiam loquimini.
Ce psaume est appliqué par les commentateurs aux sentiments de David apprenant que Saûl en voulait à sa vie. Que le lecteur se représente David en prière, répandant devant Dieu sa tristesse, rappelant tout ce qu'il a fait pour Saûl, pour la gloire de ce roi, ainsi que les dangers qu'il a affrontés. David rapproche ensuite les témoignages de son dévouement des résolutions cruelles prises contre lui, inspirées par les courtisans de Saûl. Par respect pour le roi, il adresse ses reproches seulement aux conseillers du prince. La personne de Saûl, l'oint du Seigneur est inviolable aux yeux de David. Il n'attentera jamais à sa vie, il n'outragera jamais son nom. C'est dans cet ordre de sentiments qu'il prend Dieu pour juge, et qu'il expose sa plainte véhémente.
1. (Au maître de chœur; sur léchant : « Ne perds pas. » Poème de David.)
2. Parlez-vous selon la vérité, juges de la terre ; enfants des hommes, jugez-vous selon la justice?