CHAPITRE II
successifs dans les honneurs et la renommée indiquent manifestement le plan providentiel que Dieu seul avait conçu et allait exécuter. 11 s'ag'it dans ce chapitre de montrer David conduit par Dieu à la première étape de la gloire, au premier pas dans la céléhrité qui deviendra un jour l'immortalité. Nous allons le voir introduit à la cour.
Jéhovah se retirait de Saûl, et un esprit mauvais Yenaii troubler et assombrir ce roi devenu de plus en plus infidèle à sa vocation (1). Aux inquiétudes et aux tristesses causées par la pensée que Dieu l'avait rejeté, comme Samuel le lui avait signifié^ se joignait une disposition physique, une affection hypocondriaque, qui déterminait de véritables accès de folie furieuse. Les médecins, d'ordinaire, ne voient à cet état que des causes naturelles : l'Écriture nous apprend que ces étranges maladies ont souvent leurs racines dans les révoltes contre Dieu. En se retirant d'une âme, il y laisse parfois un vide immense que vient occuper f esprit mauvais^ ns?"] nil.
Les familiers du prince malade, et dont l'humeur se faisait chaque jour plus sombre, persuadèrent à leur maître que la harpe de David serait pour lui une distraction et un soulagement. Les influences de la musique sur les dispositions de l'âme ont été connues dès la plus haute antiquité. Les anciens sages de la Grèce y avaient recours pour modérer les passions, guérir les maladies morales, et même pour tempérer les rébellions et les violences des peuples (2).
(1) I Reg., XVI, 14.
(2) Bochard, Hieroz, P. I., 1. 2, c. 44. Asclépiade, le médecin fameux, guérissait à l'aide de la symphonie les malades frénétiques, comme le rapporte Censorinus {Dédie natali, c. 12) : « Pythagoreis moris fuit, dit Quintilien,
(( Je connais, dit à Saul un de ses écuyers, je connais un jeune Bethléémite , fils d'Isaï. C'est un harpiste renommé et de plus un vaillant garçon, d'une agréable conversation, un bel homme. Jéhovah est avec lui. » Saûl députa aussitôt un messager à Isaï : (( Envoie-moi , disait-il, David, celui de tes fils qui garde les troupeaux. » Un pareil message n'avait rien d'insolite : on savait que le roi aimait à s'entourer de la plus brillante jeunesse (1). Seulement il était d'usage en pareil cas d'ofiPrir un présent au roi. Isaï choisit donc un jeune chevreau, son meilleur vin, et cinq pains cuits sous la cendre. Il en chargea un âne, et David partit vers le roi.
Dès le premier instant il se fit aimer et apprécier de Saûl. 11 charmait le malade, dissipait son humeur noire. On lui donna rang parmi les jeunes hommes qui portaient les armes royales (2).
On aurait tort de penser que Saill admit dès lors David au nombre de ses intimes : la suite de l'histoire montre même qu'il le connaissait très peu (3). Le jeune pâtre fut simplement accepté et gardé comme un bon serviteur. Les fonctions de David étaient sans doute momentanées et intermittentes. La maison de Saûl n'en fut pas moins pour David une école très profitable à son éducation. Il dut plus tard admirer la Providence, qui l'avait préparé de la sorte à la destinée princière qui l'attendait.
Quand la guerre s'alluma bientôt contre les Philistins, les trois fils aines d'Isaï allèrent prendre rang parmi les
cum somnum pelèrent ad lyram prius lenire mentes, ut si quid fuisset turbidarum cogitationum, componerent. «Cf. Théophrast., apud Apollon., in JJistor. de Mirabil., c. 48.
(1) 1 Reg.,xiv, 52.
(2) I Reg., XVI, 14-23.
(3) Un jour Saiil, en désignant David qui jouait ordinairement de la harpe (levant lui, demanda : « Quel estce jeune homme? » (Voir Prophéties messianiques des deux premiers livres des Rois, i). 41.) I Reg., xviii, 55.