CHAPITRE m
psaumes dans lesquels sont prophétisées les douleurs du christ.
Psaume xv.
david annonce, sous une forme encore vague, les douleurs du christ, et prophétise sa résurrection.
Exposition .
Ce psaume est une prière adressée au Seigneur du sein de la détresse. Mais l'inquiétude et l'effroi ne trouvent point place dans l'âme de celui qui demande ici au Seigneur Dieu de le conserver et de le sauver. Sa confiance est si entière et si vive, qu'elle ressemble presque à la joie, inspirée qu'elle est par la certitude de la protection et du salut. L'image de la mort et du schéol ne trouble point la sérénité de cette âme qui prie. Elle puise dans la tombe même un motif d'assurance : point de plainte amère dans la détresse. On dirait un doux chant de louanges, d'espérance et d'actions de grâces. Devant la foi, les appréhensions, les horreurs du péril, s'évanouissent comme de vains fantômes.
Un grand nombre d'interprètes considèrent ce psaume comme une prière de David, lorsque, fuyant Satll, errant au milieu des Philistins , des Moabites et des autres peuples gentils, un péril imminent de mort se dressa devant lui. C'est le sentiment de Dupin, de Bossuet, de
Grotius, de Jansen, etc. Mais ce serait se tromper, borner trop étroitement l'horizon de David composant ce psaume que d'en limiter l'application à un fait particulier de sa vie : nous sommes en présence d'un chant messianique.
Rappelons-nous ce que nous avons dit des préoccupations nationales d'Israël, à l'égard de la royauté naissante; n'oublions pas les espérances que la prophétie d'Anne avait attachées à cette institution. Plus que personne, David, sur qui Samuel répandit à Bethléem l'onction sainte, avait foi aux grandes destinées de la royauté. La confiance tout à fait extraordinaire dans laquelle il se repose n'est autre que la certitude divine de l'accomplissement des solennelles promesses de Dieu. La race de David ne pouvait s'éteindre. L'avenir messianique de la royauté avait pour garant la volonté manifestée du Tout- Puissant. Malgré l'obscurité de l'avenir et le danger du présent, alors même que sa fortune apparaissait définitivement compromise et humainement désespérée, le jeune fils d'Isaï croyait et savait que la victoire et le triomphe arriveraient en leur temps. C'est cette foi ferme, inébranlable, plus forte que la mort, qui s'affirme dans le psaume xv.
Les destinées glorieuses de la royauté de David se terminaient au Messie. Si le peuple n'en avait qu'une conscience peut-être vague encore, il faut reconnaître que pour Samuel, les écoles de prophètes, le sacerdoce tout entier, il en allait autrement. La confiance de David s'élevait à la hauteur d'une foi inébranlable dans les succès d'une cause à laquelle il consacrait ses forces et sa vie. Le psaume xv est l'expression de cette confiance. David y parle moins en son nom qu'en celui du Roi-Messie , c'està-dire de celui dont il se savait le représentant , au moment où il composait son psaume.
David était alors persécuté, poursuivi par Saul les armes à la main. Il savait que c'était moins à sa propre personne que le génie du mal faisait la guerre, qu'au représentant de Dieu, à son envoyé, au Roi-Messie qui avait été promis. Aussi est-ce ce Roi par excellence qui prie dans le psaume xv par la bouche de David. Le psalmiste inspiré de Dieu comprend que ce qu'il souffre , le Roi- Messie le souffrira. Mais le méchant pourra-t-il prévaloir contre l'envoyé de Dieu? On pourra se porter contre lui à tous les excès, le saisir, le condamner, le faire mourir; le vaincre, jamais. La mort sera pour lui un triomphe. David voit à l'aide d'une lumière surnaturelle le Messie descendre dans une tombe où sa chair sera préservée et dans le schéol d'où son âme sortira triomphante.
Nous mettons sous les yeux du lecteur le psaume tout entier que nous avons traduit sur l'hébreu, et nous montrerons ensuite, autant que nous le pourrons, le caractère et la nature de la prophétie messianique renfermée dans cet admirable cantique.
Conserva me, Domine, quoniam speravi in te.
1. (Inscription gravée, de David.) Gardez-moi, mon Dieu , puisque j'espère en vous.
2. J'ai dit à Jéhovah : « Mon Seigneur, c'est vous. « Point de bonheur pour moi en dehors de vous. )>
3. C'est avec les saints qui sont sur la terre», avec les nobles cœurs que je me plais à vivre.
4. Ils multiplient leurs douleurs, ceux qui suivent une autre voie : ils se précipitent à leur ruine.
5. Le Seigneur est la part de mon héritage ; il est ma coupe. Seigneur, vous me faites un magnifique héritage.
6. Le partage qui m'est échu est plein de douceur. Oh ! que mon héritage est beau !
2i8 DAVID PROPHETE.
7. Je vous bénirai, Seigneur, vous qui m'avez éclairé, et jusque dans la nuit mon cœur me rappelle à la reconnaissance.
8. J'ai toujours le Seigneur devant les yeux; et parce qu'il est à ma droite, je ne serai point ébranlé.
9. Aussi mon cœur est dans la joie, et mon âme est remplie d'allégresse ; ma chair elle-même reposera dans l'espérance :
10. Car vous n'abandonnerez point mon âme dans le schéol , et vous ne permettrez point que votre saint éprouve la corruption du tombeau.
11. Vous m'apprendrez le chemin de la vie; la plénitude de la joie est avec ceux qui vous contemplent ; la béatitude est l'œuvre de votre droite pour toujours.
Appréciations critiques.
Il suffit de lire avec attention le psaume xv et de réfléchir un moment sur son contenu, pour comprendre que ce chant d'espérance du juste persécuté n'est pas limité à une situation personnelle de David. Il s'agit ici de consolations que ne peut espérer ni demander un simple mortel.
Notre psaume a eu probablement pour occasion l'une des épreuves les plus douloureuses qu'a traversées le prophète-roi ; mais David au milieu de sesi malheurs s'élève au-dessus de ce qui lui est personnel; il s'attache à décrire les destinées d'un juste avec lequel il ne peut être complètement identifié. Ce juste est le Messie, en qui et par qui pouvaient seulement se réaliser les espérances et les promesses du psaume xv. Ne voyons point ici une simple prière pour la délivrance d'un danger particulier, pour la préservation d'un péril de mort déterminé. Il s'agit du triomphe à remporter sur la mort elle-même. Le psalmiste dit, comme l'apôtre saint