CHAPITRE m
Paul : « 0 mort! où est ton aiguillon? Schéol, où est ta victoire? » Ce qui est affirmé dans ce chant de foi , c'est que la mort, la tombe n'auront aucune puissance sur la personne typique dont il reproduit la prière ; c'est que ce saint échappera aux humiliations et à la corruption du tombeau, non pas une fois, mais toujours, nïa, iisque in finem, idest, perpetuo.
Supposez que David dise simplement de lui-même ce que nous lisons au verset 10 : Vous n'abandonnerez point mon âme dans le schéol; vous ne permettrez pas que votre Saint éprouve la corruption du tombeau; et alors la prière si grave et si calme du psalmiste perd tout à coup son caractère et n'apparaît plus que la demande de l'impossible. Ce serait un vœu ridicule. On ne peut raisonnablement le placer sur les lèvres de David. Saint Pierre l'a nettement déclaré (1). Après avoir relaté le verset de notre prophétie, il dit aux Juifs : « Frères, qu'il me soit permis de vous dire hardiment du patriarche David qu'il est mort, qu'il a été enterré et que son sépulcre est parmi nous jusqu'à ce jour. Mais comme il était prophète et qu'il savait que Dieu lui avait promis avec serment qu'il ferait naître de son sang un fils qui serait assis sur son trône : dans cette connaissance qu'il avait de l'avenir, il a parlé de la résurrection du Christ, en disant que son âme n'a point été laissée dans l'enfer et que sa chair n'a point éprouvé la corruption. » C'est bien au Messie et non à David que saint Paul à son tour applique le verset. « David , dit-il, après avoir servi aux desseins de Dieu, s'est endormi ; il a été placé avec ses pères, et il a éprouvé la corruption. Mais le Christ, ressuscité de Dieu, ne l'a point éprouvée (2). »
(1) Act., II, 25-32.
(2) Act., XIII, 36.
Faudrait-il conclure de ce fait que David est complètement étranger à celui qui prie, espère et affirme sa foi dans le psaume xv? Plusieurs interprètes ont été de cet avis. Les uns ont partagé le psaume en deux parties. Ils ont supposé que la première s'appliquait à la vie de David, et que la seconde se rapportait exclusivement au Christ. Les autres ont pensé que le psaume tout entier avait exclusivement pour objet le Messie lui-même. Ces opinions nous paraissent trop absolues. Nous disons avec Origène (1), Eusèbe de Césarée (2), Théodoret (3), saint Jérôme (4), saint Augustin (5), saint Athanase (6), saint Jean Chrysostome (7), saint Thomas d'Aquin (8), que le psaume est messianique, et que les espérances qui s'y trouvent exprimées n'ont pu être réalisées que dans le Christ. Mais il nous semble que David, en présence du Messie qu'il voyait, en esprit, naissant de sa race et se sacrifiant pour Israël, se sentait associé à son œuvre. Il
(1) Dominus Jésus Christus hœc dicit, cujus primo caro requievit in spe. (Orig., in psalm. xv, ad vers. 9.)
(2) De Christi reditu in vitam post mortem dicit vaticinans David io personam Christi : Non relinques. {Eus., De7nonst. ev., lib. III, cap. ii.)
(3) Hic Domini mortem et resurrectionem prœdicit... Ex persona Christi dictus est hic psalmus : secundumverohumanitatem dictus. (Theod., inpsal. XV.)
(4) Iste psalmus ad passionem pertinet, etc.. (Hieron., Breviariumin psalm., Ps. XV.)
(5) Ex persona Filii dicitur; ipse quippe loquitur, quem verba illa evidenter ostendunt, quibus et apostoli usi sunt. (August., ^pi-s^., cxlix, n* 8, édit. Migne.) — Rex noster in hoc psalmo loquitur ex persona susceptionis humanee. {Comm. in psalm. xv.)
(6) Quam nunc tractamus prophetia complectltur ipsum resurrectionis Christi mysterium ; ejus verba quasi ex Christi persona canuntur. (Ath., Comm,inpsalm. xv.)
(7) Joan. Chrysost., Homil. i, in Acta Apostolorum, passim.
(8) Editus est specialiter ille psalmus de his quœ pertinent ad personam David. Sed quia David gerebat etiam personam Christi ex ejus semine nascituri, ideo quœdam hic de David, quœdamde Christo ponuntur. (D. Thom. Aquin., In psalmos expositio, ps. xv.)