‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 15 sur 291 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

engager ^plus avant David dans ces luttes meurtrières et le faire périr, lui promit, dans une intention perfide, sa fille Mérob. Mais il refusa plus tard de tenir sa parole : même il unit matrimonialement Mérob à un autre, à un Israélite du nom d'Hadriel. La sœur de Mérob, Michol, voyant combien son père était injuste , fit comme Jonathas : elle prit parti pour David, et bientôt lui voua son amour (1).

Le roi, voyant qu'il ne pouvait réussir à déconsidérer David même aux yeux des siens , et n'osant rien entreprendre ouvertement contre lui, continuait à se bercer de l'espérance de voir le fils d'Isaï tomber sous le fer des Philistins. Couvrant de la ruse ses désirs criminels, il promit Michol à David dans le cas où celui-ci lui apporterait la dépouille de cent Philistins (2). Le fils d'Isaï échappa cependant à tous les dangers : et il fallut un jour que Saûl s'exécutât et finit par donner Michol.

Satil trouva dans la pensée et le regret de ce mariage l'élément et la cause d'un nouveau dépit (3). Il renonça

retarde les progrès d'une saine exégèse. La distinction, sans trêve ni tin, dans un même chapitre, un même récit, un même verset de ce que les nouveaux critiques appellent les sources ; les contradictions, les additions, les nuances qu'ils établissent sur ces bases trompeuses et fragiles, sont la destruction de l'histoire et le générateur le plus puissant d'un scepticisme qui, transporté dans les annales des peuples, empêcherait d'en rien affirmer avec confiance. Un récit manifestement ancien perd, dans l'hypothèse qu'on y a intercalé des textes relativement récents, son caractère, son homogénéité et sa valeur. C'est un moyen facile d'éliminer des monuments écrits tout ce qui gêne un système, un parti pris; de retrancher de la Bible le divin, le surnaturel, disons le mot, le miracle, que le naturalisme sans frein de notre époque ne veut plus admettre nulle part. M. Renan, dont l'imagination exagère les exagérations des autres, ne prend pas même la peine d'indiquer pourquoi il repousse ou conserve le texte scripturaire: pourquoi il lui parait, il lui semble; pourquoi l'autorité d'un texte est médiocre, satisfaisante ou certaine. Jamais régent de collège n'a distribué les notes aux compositions de ses élèves avec un sans-gêne pareil. (1)1 Reg., XVIII, 5-16.

(2) Des commentateurs ont vu dans le mot centum prxputia l'indice d'un langage grossier habituel à Saiil. Cette locution n'avait pas alors ce caractère.

(3) I Reg., XVIII, 20, 30.

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enfin à dissimuler ses colères et ses mauvais desseins. Le fidèle Jonathas chercha à détourner son père de ses projets homicides, et, profitant d'un jour où le malade était calme : « David, lui dit-il, ne vous veut et ne vous fait aucun mal ; loin de là, c'est un serviteur précieux. » Saiil parut momentanément persuadé. Mais la jalousie est un mal inguérissable. Satil tenta derechef de percer de sa lance le vainqueur des Philistins; et cette fois il la jeta avec tant de force que, sans atteindre le but, elle resta enfoncée dans le mur (1).

Que faisaient cependant Jonathas et Michol ? Dans leur active et industrieuse affection, ne pouvant davantage, ils mettaient le vaillant défenseur d'Israël au courant de tout ce qui était dit et tramé contre lui. Saûl, voulant en finir, fit surveiller David, et un jour il envoya deux serviteurs pour s'emparer de sa personne. Michol fit évader son mari par la fenêtre. Pour lui ménager tout le temps de fuir, elle le dit malade et montra aux assassins le teraphiîti ou mannequin qu'elle avait, à sa place, disposé dans son lit (2).

David avait en Samuel un puissant défenseur : échappé des mains de Saûl, c'est auprès de ce saint ami qu'il se réfugia; son cœur aussi avait grand besoin de soutien et de consolation.

Samuel reçut le fugitif dans sa maison de Naïoth, à Ramatha, où il commandait une communauté de pro-

(1)1 Re^;., XIX, 1, 10. Nous ne devons point nous étonner de voir Saùl constamment armé de sa lance. C'était, dans ces temps reculés, le symbole du commandement et le signe extérieur de la royauté. « Per ea adhuc lempora, dit Justin, reges hastas pro diademate habebant, quas Grœci sceptra dixere. » (Lib. XLIII, 3.) La lance fut la première origine du sceptre.

(2) I Reg., XIX, 11, 16 DSin, idoles, figures, statues. Michol, qui ne fut jamais, comme nous le verrons, une pieuse Israélite, a pu, sans l'avouer à David, avoir quelque image de dieux chez elle.

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