‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 16 sur 291 · CHAPITRE IF · texte numérisé non relu

CHAPITRE IF

pliètes. A peine David y était-il arrivé, que Saûl en fut informé. Par trois fois, il envoya des archers avec l'ordre de se saisir du fils d'Isaï. Mais, dit l'Écriture, ces hommes, ayant vu les prophètes , qui chantaient les louanges de Jéhovah, et Samuel au milieu, furent eux-mêmes saisis de l'esprit du Seigneur, et ils mêlèrent leurs voix à celles des prophètes.

On vint dire à Saûl ce qui se passait. Il entra dans une grande fureur, et accourut à Ramatha pour en arracher lui-même le proscrit. Mais l'esprit le saisit à son tour. Oubliant ses projets de vengeance, il dépouilla ses insignes royaux, se joignit à Samuel et à ses disciples, et chanta avec eux Jéhovah le reste de la journée et la nuit suivante. Cet incident sauva David encore une fois de son ennemi (1).

Jonathas, malgré l'évidence, se refusait à croire que Saiil avait définitivement et de sang-froid résolu la mort de David. La conduite du roi au milieu des prophètes laissait, selon lui, quelque place à l'espérance. Mais Da\id, depuis longtemps, n'avait plus d'illusion.

Quelques jours après sa fuite de Ramatha, il se ménagea une entrevue avec le jeune prince : « Qu'ai-je fait? lui dit-il. Quelle faute ai-je commise contre votre père pour qu'il cherche à m'ôter la vie? — Rassurez-vous, répondit Jonathas; si vous deviez mourir, je le saurais : mon père ne prend aucune résolution sans m'en infor-

(1)1 Reg.jXix, 18-2i. Les rationalistes ont expliqué ces faits par la contagion assez ordinaire aux affections nerveuses. Pour nous, avons-nous besoin de le dire? nous voyons dans ces événements tout autre chose : l'injustice^ l'ingratitude, la cruauté dont David allait être l'innocente victime, déterminèrent chez les prophètes une attitude, des paroles, des vœux, des prières, des prédictions menaçantes, en un mot, une démonstration dont l'esprit de Dieu était le principe. L'ardent et pieux sentiment des prophètes fut saintement et providentiellement contagieux. Nous reviendrons phis loin sur ce sujet.

i6 VIE DE DAVID.

mer. — Mais, reprit David, Saiil sait votre affection pour moi ; il ne vous avertit point de son dessein pour ne pas affliger votre cœur. Je vous le jure par Jéhovah, il n'y a qu'un pas entre la mort et moi. — Que faire donc? » demanda Jonathas attristé.

— Eh bien, répondit David, c'est demain la néoménie. J'ai coutume ce jour-là de m' asseoir au festin à côté de Saiil; mais cette fois je me tiendrai caché dans un champ près de Gabaa. Si votre père remarque mon absence et en demande la raison, vous répondrez que je suis allé à Bethléem pour assister avec mes frères à un festin solennel (l). Si le roi se montre satisfait de cette explication, ce sera la preuve qu'il a oublié son ressentiment. Mais s'il s'emporte contre moi, avertissez-moi vite, afin que j'aie le temps de pourvoir à ma sûreté. Faites cette grâce, qui sera la dernière, à votre serviteur, au nom de l'amitié que nous nous sommes jurée devant Jéhovah : si je suis coupable, tuez-moi vous-même et ne m'obligez plus de paraître devant votre père.

— Que le ciel me préserve d'un tel crime, s'écria Jonathas, et plutôt qu'il m'accable de ses vengeances si je ne vous informe de toutes les mesures que mon père prendra contre vous ! »

Les deux amis convinrent alors d'un moyen de communiquer entre eux sans éveiller aucun soupçon. Aux jours de la néoménie, David se tiendrait caché au rocher

(1) Bien que D. Calmet et les plus graves commentateurs assurent que David alla à Bethléem et assista au festin, il serait néanmoins possible que quelques petits mensonges officieux aient été convenus entre les deux amis. Le mensonge en Orient est habituel. Ceux qui ont vécu avec les Arabes le savent fort bien. Et ce fut avec étonnement de la part de ses contemporains que Jésus-Christ, dans sa loi nouvelle, leur déclara que les mensonges, si officieux qu'ils puissent être, ne sont pas permis, et qu'il faut, quand on est interrogé, répondre, si le fait est vrai : Est; s'il ne l'est pas : Non. Est, est ; non, non. A l'époque de David, on était encore loin de la loi nouvelle.

Page 1