‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 153 sur 291 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les premiers mots du psaume, Gardez-moi^ Seigneur, sont un cri d'alarme. Ils laissent supposer une détresse analogue à celle de Jésus-Christ au début de la passion, voyant de loin Judas marcher contre lui à la tête d'une troupe armée. A l'approche des jours où devait s'accomplir son sacrifice, il s'était écrié : « Comme mon cœur se serre dans une pénible attente (1) ! Quomodo coarctor usque dum perficiatur! » A son entrée triomphale cà Jérusalem, il avait dit : « Mon âme est troublée (2). » Il répétait la même parole au jardin des Oliviers : « Nunc anima mea turhata est. Mon âme est troublée, » et il ajoutait, « troublée jusqu'à la mort. » C'est bien du sein d'une torture pareille que s'élève le cri du psalmiste : Conserva me. Domine. Le Christ a reproduit cette prière : «. Mon Père, sauvez-moi des périls de cette heure : Pater, salvifica me ex hac hora (3). » 11 a dit à Gethsémani : « Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi (4). »

Mais, ce cri de détresse une fois poussé, la confiance prend la place de l'angoisse et du trouble. Jésus se repose aussitôt dans l'inébranlable confiance qu'il a dans son Père, et il s'abandonne avec assurance entre ses mains : « Que votre volonté soit faite î Ahha Pater, omnia tibi possibilia suntî Mon Père, vous pouvez tout ce que vous voulez (5) . » La plénitude de la douleur appelle dans le Christ la plénitude de la confiance. Tout dans Jésus exprimera désormais cette confiance : son attitude, son calme visage, ses douces paroles sur la croix! Les Juifs l'ont constaté eux-mêmes : Il met, disent-ils, en le considérant au Calvaire, il met sa confiance en Dieu :

(l)Luc., XII, 50.

(2) Joan.,xn, 27.

(3) Joan., XII, 27.

(4) Malth., XXVI, 38.

(5) Marc, XIV, 30.

DWID. 15

Confidil in Deo (1). C'est la prophétie de cette confiance qui termine le premier verset de notre psaume : Quoniam speravi in te {'2)1

La suite du psaume ne sera plus que le développement de ces mots : speravi in te.

2. (( J'ai dit à Jéhovah : Mon bonheur c'est vous! « Point de bonheur pour moi en dehors de vous! »

Cette traduction du second verset est conforme aux versions chaldéenne et syriaque. Saint Jérôme dans sa traduction l'a préférée à celle de la version italique conservée dans la Vulg-ate et empruntée aux Septante.

Remarquons la parfaite conformité des sentiments exprimés par David avec ceux de Jésus. Le nom du Père céleste est constamment sur les lèvres du Christ ; son esprit et son cœur lui restent parfaitement unis, et toute sa vie est la réalisation de ces paroles : Tout mon bien est en vous. Le pain moral dont il se nourrissait était la volonté de Dieu : Meus cibus est ut faciam voluntatem ejus (3). Et même en présence des outrages et de la mort, il s'écriait : Que votre volonté soit faite (4) ! Comment, ajoutait-il, ne pourrais-je pas boire le calice que m'offre mon Père? C'est de son Père qu'il attend sa résurrection et sa glorification : Clarificame tu^ Pater, apud temetipsum claritate quam habui{^).

Tout dans l'Évangile justifie cette parole : Dixi Domino : Deus meus es tu.

(1) Matth,, XXII, 43.

(2) Nuraquid speravit Chrislus ? demande saint Thomas. Speravit quideni pro aliis vitam œternam, pro seautemclaritatem corporis. (D. Thom. Aquin., toc. cit.)

(3) Joan., IV, 27.

(i) Matth., XXVI, 42.

(5) Joan., XVII, 5.

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