CHAPITRE III
3. « C'est avec les saints qui sont sur la terre, avec les nobles cœurs que je me plais à vivre. »
N'oublions point que David est exilé. Il n'ose appeler sienne cette terre dont il est chassé, mais il l'appelle la terre de Jéhovah (1) . Il témoigne l'ardent désir de retourner dans son pays, pour s'y joindre aux serviteurs de Dieu, qui ont le bonheur de se présenter devant son tabernacle, et aux prêtres du sanctuaire (2).
Mais, ajoute saint Augustin , par ces saints, il faut entendre ceux qui ici-bas aspirent continuellement vers la terre de Dieu, la Jérusalem céleste. Ce sont, dit Tliéodoret, les apôtres, ceux qui croient au vrai Dieu et pratiquent sa loi (3) ; c'est l'Église militante et l'Église triomphante, ajoute saint Thomas d'Aquin (4).
On sait combien Jésus a aimé ses apôtres, et avec eux tous ceux qui ouvraient leur esprit à son enseignement et leur cœur à son affection. Nous avons traduit par nobles cœurs le mot hébreu nnx, magnificis. Dans l'Église de Dieu, les apôtres sont en effet les princes, les grands, les héros : gloriosiis apostolorum chorus. Les simples fidèles n'y sont point oubliés. Les chrétiens ne formaient au commencement qu'un petit troupeau. Mais comme ce petit troupeau était aimé par Jésus-Christ! Nolile timere, pusillus grex, quia complacuit Patri vestro dure vobis regnum (5). C'était pour ce petit troupeau menacé, c'était pour les saints, ses brebis chéries, que le Sauveur priait à la veille de sa passion. « Vous me les avez
(1) Dans la Vulgale, in terra ej us, id est Palcslina, cujus Dominus est Jehovah. (.Paulus, Rupert, Rosenmuller.)
(2) Hicronym. et Bossuet, hic.
(3) August.,Theod.,/iîc.
(4) D. Thomas, loc. cit.
(5) Luc., XII, 3'i.
donnés, mon Père. Ils ont gardé votre parole : ils ont confessé que je suis sorti de votre sein. C'est pour eux que je prie, Père saint; conservez ceux que vous m'avez donnés; gardez-les des méchants et sanctifiez-les dans votre vérité. » Jésus-Christ disait de ses apôtres : « Mon Père , ce sont eux qui me sont restés fidèles au milieu des épreuves. Aussi je leur réserve mon royaume (1). » Il leur disait à eux-mêmes : « Je ne vous appellerai plus des serviteurs, mais je vous nomme mes amis (2). Je vous ai dit cela afin que ma joie soit en vous et que la vôtre soit complète. Si vous étiez du monde, le monde vous aimerait... Mais prenez confiance, j'ai vaincu le monde... Je m'en vais préparer vos places dans la maison de mon Père. Je ne vous laisserai point orphelins : je serai avec vous... Je vis et vous vivrez (3). »
Le chrétien qui, dans nos jours trouhlés, garde fidélité à Jésus-Christ ne pourra lire ces lignes sans une douce émotion. Car ce petit troupeau des fidèles brebis du Sauveur subsiste toujours dans la suite des siècles, et le bon chrétien en fait partie.
4. « Ils multiplient leurs douleurs, ceux qui suivent une autre voie; ils se précipitent à leur ruine. Ma main repousse la coupe de leurs sacrifices sanglants, et leur nom ne se placera jamais sur mes lèvres (i). »
(l)Liic., XXII, 29.
(2) Joan., XV, 13.
(.S) Joan., XIV, xv, xvii.
(4) Vulgate : après que leurs infirmités (des saints) se sont multipliées (ils se sont relevés) et ont couru avec vitesse (dans le chemin de la vertu). Saint Augustin, Bellarmin, Sacy, suivent ce sens; mais nous préférons suivre l'hébreu avec saint Jérôme, Théodotion, D. Calmet et un grand nombre d'interprètes.