CHAPITRE m
Le Christ, qui est la vérité et la vie, est aussi la seule voie de la vertu et du salut. Nul homme ne peut arriver jusqu'au Père céleste que par son divin Fils (1) . La voie qu'il trace est pleine de lumière et de vraie liberté (2). Le sort de ceux qui s'écartent de cette route est décrit au verset 4 : les déceptions, les chagrins cuisants deviennent leur partage. Comme la passion les conduit, ils courent plutôt qu'ils ne marchent. La pente est rapide; ils se précipitent dans l'abime. Ce sont là des enseignements que Jésus luimême a donnés. Comlîien de fois n'a-t-il pas averti les Juifs des ruines prochaines qu'ils préparaient à leur ville , et des effets imminents de la colère de Dieu (3)?
De nombreux commentateurs ont vu, non sans raison, dans ces paroles : ma main repousse la coupe de leurs sacrifices sanglants, une prophétie de Tabolition des sacrifices juifs; et dans celles-ci : leur nom ne se placera jamais sur fnes lèvres, une prédiction de la haine et de l'horreur qu'inspirerait au monde chrétien la nation juive à cause de son déicide.
Après avoir exprimé son amour de l'Église et des saints et annoncé le sort de ceux qui repousseraient l'Évangile, le Messie reporte sa pensée à son Père, et il peint sous les plus douces images les heureuses destinées de ceux qui s'attacheront à lui, car son propre bonheur sera leur partage. C'est ainsi qu'il faut comprendre les trois versets qui suivent :
5. « Le Seigneur est la part de mon héritage; il est ma coupe. Seigneur, vous me faites un magnifique héritage. »
(l)Joan., XIV, 6.
(2) Joan., VIII, 12, 31 et 32.
(3) Matth., III, 10; xxiii, 34, 39.
6. « Le partage qui m'est échu est plein de douceur Oh I que mon héritage est beau ! »
7. « Je vous bénirai, Seigneur, vous qui m'avez éclairé ; et jusque dans la nuit mon cœur me rappelle à la reconnaissance. »
C'est avec beaucoup de vérité, dit D. Calraet, que David pouvait prononcer ces paroles , puisque Dieu l'avait choisi entre tout Israël pour le mettre à la tête de son peuple et le faire roi de cette patrie dont on l'a si injustement chassé. Mais, quelque humilié qu'il fût dans la persécution de Saiil, il ne doute point que Dieu n'exécute enfin ses promesses et ne lui rende son héritage , en dehors duquel il ne désire plus rien. En attendant il bénira le Seigneur de l'avoir soutenu dans ces fâcheuses rencontres; jour et nuit il fera éclater sa reconnaissance.
Les Pères appliquent justement ces versets à Jésus- Christ, dont David était l'image : l'intention qu'ils renferment ne leur a point échappé. Il s'agit premièrement découpe, de calice, et secondement d'héritage réservé, distinct des autres héritages. On a vu dans ces derniers traits, l'héritage sacerdotal, et dans les symboles sacrés d'un sacrifice inconnu aux Juifs, l'indication fugitive du sacrifice de la messe. Le Messie semble en effet s'offrir à nous dans ces versets sous les traits du prêtre par excellence. Dieu avait dit à Aaron et aux lévites, à qui Moïse n^avait assigné aucune portion de territoire : « Je serai votre part et votre héritage au milieu des fils d'Israël (1). »
Le Christ ne posséda rien sur la terre. Son héritage fut l'Église, les brebis que le Père lui avait données, le cœur des fidèles qui venaient à lui du milieu du monde (2).
(l)Num.,xviii, 20.
(2) Joan., X, 29 ; xvii, 6 et 9