‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 157 sur 291 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

10. « Car vous n'abandonnerez point mon âme dans le schéol, et vous ne permettrez point que votre saint éprouve la corruption du tombeau. »

Ces deux versets, dit Bossu et, et le dernier du psaume, se sont en une certaine manière réalisés dans David en tant que figure du Christ, puisque Dieu l'a tant de fois arraché de la mort, avant de le placer enfin sur le trône. Mais David a été laissé dans le sépulcre, dont il a vu la corruption. Si belle qu'ait été sa destinée, elle n'est qu'une ombre auprès de celle du Messie dont il était le type. Aussi les apôtres veulent qu'on entende ce passage de Jésus- Christ (1).

Jésus, avant sa passion et sa mort semble rappeler ces versets et exprimer, sous la forme de la demande, la certitude de sa résurrection : c'est quand il s'écrie : « Mon Père, j'ai accompli mon œuvre; maintenant glorifiez-moi dans votre puissance (2). »

Remarquons qu'il ne s'agit point dans les versets de notre psaume d'un secours extraordinaire, accordé pendant la vie, mais d'une glorification après la mort et l'ensevelissement dans le tombeau ; qu'il ne s'agit point d'une glorification purement spirituelle : le Messie sera glorifié et quant à son âme et quant à sa chair sacrée. L'âme du Messie ne sera point abandonnée dans les limbes, ni sa chair livrée à la décomposition du tombeau. Cette chair divine sera préservée de toute corruption. L'accomplissement de cette prophétie se trouve dans saint Matthieu, aux chapitres xxvii et xxviii. Le schéol, au milieu duquel l'âme du Messie ne sera point abandonnée, est le lieu appelé (JSrjç dans l'histoire des Apô-

(1) Dissertaiio in psalni. Ps. xv.

(2) Joan., XVII, 4 et 5.

23i DAVID PROPHETE.

très (1); c'est l'asile des âmes non glorifiées, dont Jacob disait en pensant à son fils Joseph : « Dans ma douleur, j'irai dans le schéol rejoindre mon enfant. » C'est le lieu que l'Évangile appelle le sein d'Abraham, le paradis initial (2), ce séjour d'attente, ténébreuse encore, que saint Pierre appelle une prison (3). L'Église, dans son symbole, exprime nettement cette idée, lorsqu'elle dit de l'âme de Jésus, dont le corps non encore ressuscité reposait dans le tombeau : Descendit ad in fer os.

En traduisant le texte hébreu de la manière suivante : Vous ne permettrez point que je descende dans le schéol^ les rationalistes éliminent un élément essentiel de la pensée du psalmiste, ce qu'il nomme nepheschi, c'est-àdire : mon âme. Le texte sacré ne doit pas être ainsi mutilé ; il doit être traduit : Vous n'abandonnerez point mon âme descendue dans le schéol : Non derelinques animam meam in inferno :

c'est-à-dire, vous ne permettrez pas que mon âme demeure et reste dans un monde inférieur. Il ne s'agit pas ici de la personne entière, encore moins du corps. Si le psalmiste avait voulu dire : Vous ne livrerez pas mon corps à la tombe, il se fût ainsi exprimé : Non dabis carnem meam sepulcro, et non de cette manière : Non derelinques animam meam in inferno.

De même que l'âme du Christ ne devait point être délaissée par son Père au milieu des limbes , de même son corps aussi ne doit point, suivant le psalmiste, voir la corruption du tombeau, c'est-à-dire V éprouver ^ la subir.

(1) Act., II, 27.

(2) Luc, XVI, 22; xxiii, 43.

(3) TPelr.,iii, 19.

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