CHAPITRE IL
d'Azel, près de Gabaa. Jonaihas viendrait dans la journée s'exercer à tirer de l'arc, accompagné d'un enfant chargé de rapporter les flèches. Si le jeune prince lui disait : « Reviens sur tes pas, la flèche est en deçà, » ce serait le signe que Saûl, apaisé, permettait au banni de revenir à la cour. Si Jonathas criait : « La flèche est au delà , » David devait fuir au plus vite. — « Seigneur, Dieu d'Israël, dit en terminant Jonathas, soyez témoin de mon serment; et vous, 6 David, qui m'êtes si cher, si je vis, traitez-moi avec bonté; si je meurs, n'oubliez point ma famille infortunée. » A ces paroles, les deux amis se séparèrent après s'être juré de nouveau une éternelle affection.
Le festin de la néoménie arriva. On sait à quel point Saill s'emporta contre David et même contre Jonathas : (( Fils de prostituée , lui cria-t-il, ne voyez-vous pas que David veut m'enlever mon trône et s'y asseoir un jour à votre place ? Vous êtes l'ennemi de votre père et votre propre ennemi ! Sa mort est décidée, qu'on me l'amène! — Et pourquoi mourrait-il? demanda Jonathas. Quel crime a-t-il commis? »
Sans répondre, Satil saisit sa lance et voulut en percer son fils. Jonathas ne pouvait plus douter des intentions du roi. Il quitta la salle du festin, en proie à la plus vive douleur, le cœur brisé de l'outrage dont lui-même avait été l'objet et des malheurs qui menaçaient son ami. Le lendemain, prenant son arc et son carquois, il se dirigea vers le rocher d'Azel, suivi d'un petit garçon. Après avoir lancé une flèche, il dit à l'enfant : « Rapporte la flèche. » Celui-ci y courut. Mais Jonathas, ayant lancé une seconde flèche, l'envoya bien au delà de la première en criant : « La flèche est beaucoup plus loin; hàte-toi, cours en avant. »
Quand l'enfant eut rapporté les flèches, Jonathas le