CHAPITRE III
Tesclave. Cette idée du Messie serviteur et esclave de Dieu a été reproduite par Isaïe, particulièrement au chapitre L. C'est ce que saint Thomas d'Aquin a parfaitement reconnu dans son commentaire ; il rapproche les versets 5 et 6 d'Isaïe, du verset que nous commentons : « Le Seigneur, dit Isaïe, m'a ouvert l'oreille ; je n'y ai point contredit; je n'ai point reculé. J'ai offert mon corps aux coups, mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe ; je n'ai point détourné ma face devant l'injure et les crachats (1). » Saint Paul a dit, enparlant de Jésus-Christ : « Il a pris un corps d'esclave pour revêtir la forme extérieure de l'homme (2). » Les Septante et saint Paul n'ont donc qu'affirmé d'une manière plus ferme et plus claire le texte hébreu : Vous m'avez percé les oreilles.
Nous l'avons déjà dit : Isaïe a reproduit le même signalement du Christ en l'appelant esclave et serviteur de Dieu. Devant le regard prophétique d'Ézéchiel s'offre la même idée sous la même image (3).
8. « Alors j'ai dit : Voici que je viens, selon qu'il est écrit de moi dans^ votre livre (4). »
Il est impossible, dit saint Thomas, de ne pas donner avec l'apôtre à ce verset un sens messianique (5). Chez tous les peuples et particulièrement chez les Hébreux, les sacrifices étaient le culte principal rendu à la divinité.
(1) Nous lisons dans S. Matthieu, xxvi, 67, l'accomplissement de cette prophétie : Tune eocspuerunt in faciem ejus, et eolaphis eum eeciclerunt.
(2) Ad Philipp., II, 7.
(3) Ezech., XXIV, 23-2 i.
(4) La Vulgate porte : « In eapite lihri; mais, dit Bellarmin, cette expression équivaut à celle-ci : In summa lihri ; nam et grœce et latine dicitur caput non solum initium libri, sed etiam id quo omnia referuntur ; nam recapitulare est in summam redigere. »
(5) D. Thomas Aquin., Expositio in psal. xxxix.
Or, ce culte est déclaré impuissant. Qui donc, si ce n'est le Messie, pouvait parler de la sorte et affirmer la nécessité de le supprimer? Qui pouvait combler le vide immense causé par cette suppression? Qui pouvait dire : Vous ne voulez point des sacrifices ni des offrandes ; vous rejetez le sacrifice pour le péché : je substitue ma personne et ses mérites à la vertu des holocaustes.
Remarquons que c'est en répondant à l'appel de Dieu que le prophète dit : Voici que je viens; et je viens pour me conformer à vos volontés. Dieu est donc le véritable auteur de la substitution. En effet, David était bien l'héritier de Juda , l'héritier des promesses, enfin l'appelé du Seigneur. Mais tout autre que lui, par ces paroles, se fût rendu coupable d'une intolérable prétention et d'un véritable sacrilège. Il aurait tenu le langage d'un insensé ou d'un révolté, et les Juifs l'auraient lapidé. David, parce qu'il était la figure du Christ-Roi, bénéficiait des promesses du Proto-Evangelium , et était couvert par la prophétie de Jacob , celle de Moïse et toutes les autres , qui justifiaient sa mission et l'autorité de sa parole. Les prophéties étaient écrites dans le volume de la Loi et c'est à ce livre qu'il en appelait lorsqu'il disait : // est écrit de moi dans le livre de Dieu. 11 en appelait aussi , dit Bossuet , à un livre éternel où est écrit ce que Dieu veut de tous ses élus , et à la tète , ce qu'il veut en particulier de Jésus-Christ qui en est le chef. Le premier article de ce livre est que Jésus-Christ sera mis à la place de toutes les victimes , en faisant la volonté de Dieu avec une entière obéissance. C'est à quoi il se soumet; et David lui fait ajouter : Mon Dieu, je l'ai voulu, et votre loi est au milieu de mon cœur (1).
(1) Élév. sur les myst., 13« sera., 7« élév.