‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 169 sur 291 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

péchés que le Christ devait expier, tient un langage bien différent de celui du psalmiste au verset 13 : le prophète ne parle point des péchés du Christ, mais des péchés des hommes. Le Seigneur, dit- il, amis en lui les iniquités de nous tous : Posuit Dominus in eo iniquilatem omnium nos- Irum (1). Nous ferons remarquer qu'au verset 13, David comme représentant du Christ tenait un langage qui devait convenir à la fois au Christ et à sa propre personne. Dans le texte cité d'Isaïe, il ne s'agit au contraire que du Christ lui-même, abstraction faite des faiblesses humaines de ceux qui ont eu l'honneur d'être les types figuratifs du Messie. David, pécheur lui-même, pouvait-il dire : Ce sont les péchés d'Israël et non les miens qui m'accablent? il préférait dans son humilité profonde ne point omettre ses propres péchés, qu'il joignait à ceux d'Israël.

Nous n'admettons poiat, d'ailleurs, que cette expression : Mes péchés m'accablent, ne convienne point dans la bouche du Christ. Le Sauveur Jésus s'est fait victime pour nous et il a assumé sur lui tous nos péchés , lesquels par une substitution essentielle à son sacrifice devenaient d'une certaine façon les siens. Dans l'ancienne loi, le prêtre, étendant les mains sur la victime, la chargeait du péché : cette victime était considérée comme le péché lui-même et elle en portait le nom. C'était en cet état qu'elle était en partie livrée aux flammes devant la porte du temple (2). Ce sacrifice exprimait dans sa vérité le sacrifice de Jésus-Christ lui-même dont le sacrifice figuratif tirait toute sa vertu expiatoire.

La victime du verset 8 se présente chargée de nos péchés. Ce n'est point le Christ sans le péché , mais le

(1) Isa., LUI, G.

(2) Lev., IV.

Christ assumant sur lui les crimes du monde entier et apparaissant sous la forme d'un esclave tout prêt à souffrir les humiliations et les douleurs de l'expiation. Ce qui fut la plus grande douleur de Jésus dans sa passion, c'est que le péché, pour lequel il avait une horreur infinie, pesait sur sa tête de victime et était devenu sien par forme d'appropriation : c'était à cause de ce péché que sa sueur était mêlée de sang au jardin de Gethsémani et qu'il mourait sur la croix. Jésus-Christ s'est approprié nos péchés , comme il nous a approprié sa justice et ses mérites. Jérémie appelle Jéhovah la justice d'Israël (1), et saint Paul dit aussi que la justice du Christ est devenue la nôtre : Ut nos efficeremur justifia Dei, in ipso (2). Dieu a pris notre péché et nous a donné sa justice. En parlant des iniquités du monde Jésus-Christ a pu dire : Mes péchés. L'apôtre saint Paul se sert d'une expression plus forte encore lorsqu'il écrit : Pro nohis peccatum fecit. Pour nous, dit ailleurs l'Apôtre, le Christ est devenu malédiction (3) : TevoV^voç uTrsp -/ifjiwv xaTapa. Ainsi Jésus victime est devenu à la fois comme une personnification du péché et de la malédiction. C'est dans l'acceptation de notre péché, consentie et voulue par le Christ, que consiste la folie de la croix. Isaïe a dit du Christ qu'il serait placé parmi les pécheurs (4) : Cum sceleratis reputatus est. L'essence de la rédemption est tout entière dans l'union avec nous du Christ chargé de nos péchés et de notre union avec lui dans la participation à sa justice. Nous pouvons dire d'après la théologie de saint Paul : Nous sommes le corps et les membres du

(1) Jerem., xxiii, 6.

(2) Il ad Corinth., v, 21.

(-3) Epist. ad Galat., iii, 13.

(4) Isa., LUI, 12.

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