CHAPITRE III
passion ne scandalisât ses disciples. Aussi priait-il pour eux et voulut-il les rendre témoins de sa résurrection.
Du verset 8 au verset 13, David, en caractérisant sa mission, observe à quels outrages elle l'expose.
8. « Car c'est pour vous que je suis outragé, et que là honte couvre ma face.
9. « Je suis devenu un étranger pour mes frères; je suis im inconnu pour les fils de ma mère.
10. « Car le zèle de votre maison m'a dévoré, et les outrages de vos insulteurs sont tombés sur moi.
11. « J'ai pleuré, j'ai jeûné; on en a fait contre moi des motifs de dérision.
12. « J'ai couvert mon corps d'un cilice, et je me suis vu un objet de moqueries.
13. « Ceux qui siègent aux portes des villes se sont répandus en accusations contre moi ; les buveurs me raillent dans leurs chansons. »
Nous retrouvons encore dans ces versets la trace de l'impression douloureuse produite sur David par les reproches de Séméi. Ce roi, couvert d'un cilice, avait préludé aux gémissements du cantique par cette parole mystérieuse qui fut sa seule réponse aux invectives de Séméi : « Laissez-le faire, dit-il à ses gens : le Seigneur lui a ordonné de maudire David. Qui osera lui demander pourquoi il le fait (1)? » ♦
Le verset 8 a été rappelé par saint Pierre. On ne peut douter que l'apôtre n'y fasse allusion lorsqu'il dit : « Quel sujet de gloire pour vous, si vous êtes souffletés pour vos fautes? Si c'est au contraire pour avoir fait le bien, remerciez Dieu ; parce que c'est ainsi que le Christ a souffert
(1) II Reg.,xvr, 10.
pour nous (1). » C'est pour leurs péchés, dit Eusèbe, que les hommes sont soumis aux opprobres. Mais le Christ innocent n'a été outragé que pour Dieu qui a fait son Fils Péché, afin que nous devenions Justice. Bien plus, c'est à cause de Dieu qu'il a supporté les blasphèmes de ceux qui passaient devant sa croix : « Il a mis sa confiance en Dieu ; que Dieu le délivre , s'il le veut ; car il a dit : Je suis le Fils de Dieu (2). »
Saint Augustin fait remarquer sur la seconde partie de ce verset 8 combien est pénible l'injure non méritée, et quelle espèce de rougeur particulière elle met sur le visage (3). Le même verset nous fait souvenir du visage meurtri de Jésus-Christ, des soufflets, de la couronne d'épines, comme le verset 9 rappelle l'abandon du Christ pendant sa passion : « Je suis devenu un étranger pour mes frères, un inconnu pour les fils de ma mère. »
On ne peut s'empêcher de rapprocher encore de ces paroles celles-ci du commencement de l'Évangile de saint Jean : In propria venit, el suieumnon receperunt, et celles du chapitre vu du même Évangile : Neqiie fratres ejus credebant in eum (4). Les Juifs disaient à l'aveugle-né récemment guéri par Jésus : Hune nescimus unde sit. Saint Matthieu a inséré ce trait dans le récit de la passion : Omnes relicto eo fugerunt. Saint Pierre a osé dire : Nescio hominem istum (5).
Au verset 10, David décrit une situation qui s'est principalement réalisée dans le Messie. Comme tous les hommes pieux, le royal psalmiste se fit sans doute des
(1)1 Pelr., II, 20-21.
(2)Euseb., Commcntar. inpsal. lxviii.
(3) August., loc. cit.
(4) Joan., VII, 5, sic.
(5) Matth., XXVI, 56; Marc, xiv, 71.