‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 181 sur 291 · CHAPITRE m. · texte numérisé non relu

CHAPITRE m.

19. « Venez près de moi; à cause de mes ennemis, délivrez-moi.

20. « Vous connaissez les mépris et les dérisions dont je suis abreuvé; vous connaissez tous mes persécuteurs.

21. « Les humiliations ont brisé mon cœur. J'attendais quelque compassion, et personne ne m'en témoigne; j'espérais un consolateur, et je n'en trouve aucun. »

Telle est la prière pressante adressée, au camp de Mahanaïm, par David au Seigneur. Telle fut aussi celle de Jésus sur la croix. On ne peut douter que pendant tout le temps de la passion, et particulièrement lorsqu'il fut attaché à l'arbre douloureux et sanglant, Jésus ne s'entretint continuellement avec son Père. Sa prière, presque toujours silencieuse, commença au jardin des OUviers, et elle dura jusqu'au moment où le Sauveur expira. Les paroles qu'il prononça sur la croix, au dire des commentateurs, faisaient partie de cette oraison continuée. Ayant été émises à haute voix, elles furent recueillies par les évangélistes. Ce sont les sept paroles de l'agonie. Les évangélistes, observe Bellarmin (1), ont dit peu de chose des douleurs que le Christ ressentit durant les trois heures de son crucifiement. Pourquoi? C'est que les prophètes et surtout David les ont décrites dans beaucoup d'endroits de leurs prophéties. Jésus-Christ et les évangélistes ont maintes fois renvoyé aux prophètes et aux Écritures ceux qui voulaient s'instruire et connaître l'œuvre delà rédemption ; il semble même qu'ils aient indiqué plutôt qu'exposé les prophéties. Les premiers chrétiens éprouvaient une joie incomparable en découvrant dans celles-ci des compléments et de véritables commentaires de l'Évangile : de là vient que Jésus a répété tant de fois cette parole,

(1) Bellarm., Explan, in psalm. lxviii, v. 1.

que les chrétiens d'aujourcriiul semblent avoir oubliée : Scrutamini Scripturas.

On lit au verset 21 : f attendais quelque compassion, et personne ne m'en témoigna. J'espérais un consolateur, et je n'en trouvai aucun. David avait espéré que tous les habitants de Jérusalem le suivraient et feraient le vide autour d'Absalom, et tant d'hommes qu'il avait comblés de bienfaits restaient derrière lui, s'empressant autour de son fils ingrat et révolté ! 11 allait s'enfoncer dans les solitudes sans provisions, sans secours d'aucune sorte; généralement on ne lui offrait rien : des paroles amères seulement et des injures.

Le Clirist à son tour demanda sur la croix un breuvage pour étancher sa soif, et on lui apporta du fiel et du vinaigre. Voilà ce qu'exprime le verset suivant.

22. « Us m'ont donné pour nourriture du fiel, et pour étancher ma soif ils m'ont fait boire du vinaigre. »

Cette parole s'est réalisée à la lettre au Calvaire (1). Poslea Jésus... ut consummaretur Scriplura, dixil : Silio. Vas ergo erat acelo plénum, llli auteni spongiam plenam acelo liyssopo circumponentes, obtulerunt ori ejus (2).

Les commentateurs pensent que les bourreaux de Jésus offrirent à la divine victime une boisson dérisoire pour ajouter à son supplice. Les soldats romains se désaltéraient en Orient avec du vinaigre abondamment étendu d'eau. Us ajoutaient à cette préparation un peu de myrrhe; mais ce qu'ils offrirent à Jésus fut du vinaigre pur dans lequel ils jetèrent une quantité de myrrhe si considérable, que l'amertume du breuvage pouvait justement être comparée à celle du fiel. On ne peut douter que la myrrhe

(l)Maltli.,xvvii, 48.

(2^ Joan., XIX, 28-29.

n'ait été mélangée avec le vinaigre, d'après le texte de saint Matthieu : 6loç [xexà /oX'^ç [j.eu,i-^[xi^ov (1), et celui de saint Marc : et dabanl ei bibere wyrrhalum vinum (2). On imbiba une éponge de ce breuvage repoussant, et on rattacha à un rameau d'hysope, pour l'élever aux lèvres de Jésus. Le Sauveur voulut en goûter l'amertume, puis il s'écria : Tout est consommé. Le texte évangéli que montre donc clairement que le verset 22, figurativementvrai pour David, renferme une prophétie qui a été accomplie dans la personne du Christ.

Ces indignes traitements infligés au juste persécuté motivent et justifient les malédictions contenues dans les versets 23-29.

23. « Que leur table soit un filet où ils soient pris, un piège au milieu de leur sécurité !

24-. « Que leurs yeux soient obscurcis et ne voient plus. Qu'ils chancellent à toute heure sur leurs reins mal affermis I

25. « Versez sur eux votre courroux; que le feu de votre colère les atteigne! »

Plusieurs exégètes modernes ont exprimé le regret de lire ces paroles irritées dans un psaume, et, selon eux, il serait impie de les placer dans la bouche du Christ. Nous ne partageons point ces sentiments. Assurément, si la victime n'avait été qu'un homme ordinaire, si la cause de David et du Christ n'avait point été la cause de Dieu même au sens le plus direct et le plus vrai, les malédictions du psaume lxviii ne seraient que l'expression d'une colère humaine et le désir d'une vengeance toute person-

(1) Matlh., XXVII, 34, 48.

(2) Marc, XV, 23.

nelle.Mais, nous l'avons dit, David avait conscience que le Messie était poursuivi dans sa propre personne. Or ce Messie était Dieu lui-même sous le voile de l'humanité. Il est absolument vrai que le Messie doit un jour perdre les ennemis de la cause de Dieu : et si plein de mansuétude qu'il se soit montré pour tous ceux qui implorèrent sa miséricorde, il n'en doit pas moins condamner aux feux éternels ceux qui l'auront méconnu et persécuté jusqu'à la fin (1). Du reste, les menaces faites aux impies sont de la part de Dieu un avertissement pour les arrêter dans leurs voies funestes. Elles sont encore dictées par la miséricorde qui veut non la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie. On a voulu, dans ces derniers temps, opposer le Nouveau Testament à l'Ancien, comme- si l'un et l'autre n'avaient pas été également dictés par Dieu. En citant le psaume lxviii, le Nouveau Testament doit faire comprendre que si la loi nouvelle perfectionne l'ancienne, elle n'en est point la condamnation.

Le sens littéral du verset 23 est manifeste : Que leur table soit un filet où ils soient pris^ un piège au milieu de leur sécurité. Les festins inspirent souvent une fausse confiance. On est disposé à ne voir que des amis dans ceux qui partagent la joie et la familiarité d'une même table. Nulle part l'intempérance des paroles n'est plus facile et la réserve moins gardée. C'est le moment où la flatterie a le plus de prise. Sa fumée enivrante se mêle à celle du vin. Il est très vrai de dire que la joie de la table est souvent un piège pour la prudence. Les grands festins marquent souvent la veille des grandes chutes. Le verset 24 expose les suites de l'ivresse, compagne des festins : Que leurs yeux soient obscurcis et ne voient plus. Quils chancel-

(1) Mallh.,xxv,31-^jG.

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